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ETUDES DES SCIENCES ISLAMIQUES EN LANGUE ARABE
 
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 Etre patient, travailler sa foi et agir intelligemment

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ali



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Date d'inscription : 07/07/2008

MessageSujet: Etre patient, travailler sa foi et agir intelligemment   Ven 4 Déc - 14:15

Trop de frères et sœurs confondent “agir intelligemment” et “être peureux” ; et deux extrêmes se font jour : certains, ayant entendu qu’il ne fallait craindre que Dieu, entreprennent des actions précipitées et décalées par rapport aux nécessités du contexte ; d’autres, ayant entendu qu’il fallait agir avec intelligence, ne font plus rien : “Il faut y aller intelligemment”, disent-ils, et en fait ne font rien du tout. Or il s’agit d’un juste milieu à réaliser : l’absence de crainte et la sérénité ne doivent pas nous empêcher d’agir avec intelligence, exactement comme le Prophète l’a fait.

Trop de frères et sœurs confondent “être patient” et “être passif” ; et deux extrêmes apparaissent : certains, ayant entendu qu’il ne fallait pas être passif mais agir, sont trop pressés : ils entreprennent des actions décalées et veulent des avancées concrètes immédiatement ; d’autres, ayant entendu qu’il ne fallait pas être pressé mais patient, ne font plus rien ou presque. Or il s’agit d’un juste milieu à réaliser : la patience n’est pas la passivité, et le besoin d’agir ne doit pas nous faire oublier la nécessité de la patience.

Voici justement, extraits de la vie du Prophète, deux épisodes qui se sont déroulés entre lui et le gardien de la Kaaba, et qui illustrent bien ce juste milieu.

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Le Prophète vit à la Mecque et fait face à une opposition farouche :

Le Prophète (sur lui la paix) vit à la Mecque. Il a commencé depuis quelque temps sa prédication et son invitation à revenir au monothéisme. Les Arabes sont toujours attachés à la Kaaba, dont ils savent que le premier édifice a été bâti au même endroit par Abraham et Ismaël ; ils y font toujours le pèlerinage annuel ainsi que les rituels abrahamiques de dévotion ; cependant, devenus dans leur majorité polythéistes, ils y mêlent des actes idolâtres et superstitieux. Les Quraysh, la grande tribu arabe qui dirige les affaires de la Mecque et gère la Kaaba, ont installé autour de celle-ci les différentes idoles arabes. Ils ont fait de la Maison de l’Unique, bâtie par Abraham et Ismaël, le centre de l’idolâtrie arabe.

Uthmân ibn Tal’ha, un qurayshite, occupe la fonction de gardien de la clé de la Kaaba (hijâba). Il raconte cet épisode du temps où il était encore idolâtre : “Pendant la période pré-islamique, nous ouvrions la Kaaba les lundi et jeudi. Un jour, le Prophète s’avança, voulant entrer dans la Kaaba avec les autres personnes. Je lui tins alors des propos durs et méchants (”aghlazhtu lahû wa niltu minh”). Lui resta calme (”haluma ‘annî”), puis me dit : “Uthmân, peut-être qu’un jour tu verras cette clé dans ma main ; j’en ferai ce que je voudrai.” Je répliquai : “Si un jour pareil devait arriver, la tribu Quraysh serait détruite et humiliée.” Il dit : “Au contraire, elle sera honorée ce jour là.” Et il entra dans la Kaaba. Son propos me toucha d’une telle façon que je pensai que les choses se passeraient comme il l’avait dit.”

Quels propos “durs et méchants” il tint au Prophète ce jour-là, Uthmân ne l’a pas raconté. De façon générale, les Quraysh avaient des griefs contre le Prophète, et qui tenaient au contenu de sa prédication ; un autre échange, qui s’était déroulé entre le Prophète et ‘Utba ibn Rabî’a, un autre notable mecquois, montre ce que la majorité des Quraysh reprochaient à Muhammad : ‘Utba était venu trouver le Prophète et lui avait dit : “Neveu, tu as parmi nous, à cause de ton lien de parenté, la place que tu connais. (Mais) tu as apporté à ton peuple chose difficile, par laquelle sa cohésion interne a été rompue, ses idéaux ont été rabaissés, ses divinités discréditées et ses défunts ancêtres considérés comme ayant été mécréants.”

L’opposition des Mecquois à la prédication du Prophète va en grandissant. Un jour, alors que le Prophète est assis, enveloppé dans un manteau dans l’ombre de la Kaaba, des Compagnons viennent le trouver et se plaignent à lui de ce que les polythéistes de la Mecque leur font subir. “Ne demandes-tu donc pas l’aide de Dieu pour nous ?” lui disent-ils. Le Prophète commence par rappeler que d’autres croyants avaient, bien avant eux, subi des épreuves plus grandes encore que les leurs et qu’ils avaient su rester patients et constants. Puis il leur annonce que l’aide de Dieu viendra et qu’un jour arrivera où le voyageur pourrait circuler librement dans toute l’Arabie, en n’ayant plus rien à craindre de la part d’un humain. Il ajoute : “Mais vous êtes trop pressés” (”Wa lâkinnakum tasta’jilûn“).

Bientôt les Mecquois, après s’être concertés, prennent la résolution de faire assassiner le Prophète par un groupe de jeunes issus de tous les clans de la Mecque. Le Prophète émigre alors à Médine ; sa tête ayant été mise à prix, lui et son Compagnon Abû Bakr doivent se cacher dans une grotte pendant trois jours, et ils doivent partir pour Médine non pas en suivant la piste mais à travers le désert, sous la conduite d’un guide.

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Le Prophète conquiert la Mecque suite à la violation, par les Quraysh, du traité de non-agression :

Huit ans après son émigration à Médine, le Prophète, à la tête de dix mille de ses Compagnons, revient à la Mecque en vainqueur. Mais il n’y entre pas arrogant et hautain : il est courbé sur sa monture au point que sa barbe en frôle la selle, reconnaissant envers Dieu pour ce qu’Il est en train de lui faire vivre ; et il récite la sourate al-Fat’h. Le Prophète a donné des ordres stricts pour qu’aucun de ses Compagnons ne soit tenté de tuer cet ennemi tant acharné et qui leur a causé tant de peine ; il a rappelé que, sauf cas de nécessité face à une éventuelle attaque, le sang de l’ennemi ne doit pas couler.

C’est à al-Hajûn que le Prophète fait planter son étendard. Puis il se dirige vers la Kaaba ; les Emigrants et les Auxiliaires se trouvent devant, derrière et autour de lui. Il arrive à la place qui entoure l’édifice de Abraham. Il se dirige vers la Pierre Noire qu’il salue, puis il accomplit les circumambulations rituelles autour de la Kaaba.
D’un arc qu’il tient dans sa main, il renverse les idoles que les Quraysh ont placées tout autour de la Maison de Dieu ; ce faisant il récite ces versets : “La vérité est venue, la fausseté a disparu : la fausseté était (vouée) à disparaître” [Coran 17/81] “La vérité est venue, la fausseté ne débutera ni ne reviendra” [Coran 34/49].
N’étant pas en petit pèlerinage, le Prophète se contente d’effectuer les circumambulations autour de la Kaaba, sans le trajet entre Safa et Marwa.

Puis il fait appeler Uthmân ibn Tal’ha et lui dit : “Uthmân, apporte-moi la clé”. Uthmân se rend chez lui et ne revient pas. Le Prophète attend, puis envoie un homme voir ce qui se passe. En fait c’est la mère de Uthmân, Sulâfa, qui est réticente à ce que son fils remette la clé au Prophète. L’homme parlemente alors avec elle, et, finalement, elle consent à ce que la clé soit remise. Uthmân revient donc auprès du Prophète et ouvre pour lui la porte de la Kaaba.

Le Prophète fait tout d’abord briser une sculpture et effacer des peintures qui étaient présentes à l’intérieur de la Maison de Dieu. Puis il y entre, accompagné de Uthmân, de Ussâma et de Bilâl, et en referme la porte ; il va y rester un long moment de la matinée (”nahâran tawîlan“), pendant lequel il y accomplira une ou plusieurs prières rituelles (salât) et y proclamera la grandeur de Dieu et Son unicité.

Quand le Prophète rouvre la porte, il peut, debout sur le perron, regarder les Quraysh, qui se sont amassés devant la Kaaba pour voir ce que le vainqueur va décider à leur sujet ; ces mêmes Quraysh qui avaient mis sa tête à prix, l’avaient contraint à l’émigration, et l’avaient ensuite combattu à plusieurs reprises. Le Prophète leur parle. Il commence par ces mots : “Il n’y a pas de divinité en dehors de Dieu ; Il est seul et n’a point d’associé. Dieu a réalisé Sa promesse, Il a aidé Son serviteur et a vaincu à Lui seul les armées.” Le Prophète dit encore : “O Quraysh, Dieu a fait disparaître de vous l’orgueil tribal de l’ère de l’ignorance et la fierté par rapport à ses ancêtres : les humains sont issus de Adam, et Adam est issu de terre !” Il récite ensuite le verset coranique où Dieu dit : “O les hommes, Nous vous avons créés à partir d’un homme et d’une femme, et avons fait de vous des peuples et des tribus pour que vous vous entre-connaissiez ; le plus noble d’entre vous auprès de Dieu est le plus pieux d’entre vous. Dieu est savant, informé” [Coran 49/13]. Le Prophète dit enfin : “O Quraysh, que pensez-vous que je vais maintenant faire de vous ?
– Du bien ! répondent les Quraysh. Tu es un frère noble, fils d’un frère noble !
– Eh bien je vous dirai, comme Joseph a dit à ses frères : “Aucun reproche sur vous aujourd’hui ! [Coran 12/92]” Allez, vous êtes libres !”

(Il faut cependant préciser que le Prophète aura fait l’exception d’un certain nombre de gens par rapport à cette amnistie générale, et quatre personnes auront ainsi été exécutées. Il est à noter aussi que des siècles après, Saladin agira de même, accordant le pardon à des prisonniers tels que le roi Guy de Lusignan, mais faisant exécuter le prince Renaud de Châtillon ainsi que certains autres prisonniers ayant rompu maintes fois leurs engagements, s’étant montrés fourbes et malhonnêtes : cf. Les croisades vues par les Arabes, Amin Maalouf, pp. 224-225.)

Le Prophète s’assit ensuite devant la Kaaba, la clé de celle-ci dans la main. Alî, son gendre et cousin, s’approche de lui et lui dit : “Messager de Dieu, rassemble pour nous la fonction de la garde de la clé (hijâba) à celle de donner à boire aux pèlerins (siqâya)” (car ce sont les Banû Hâshim, famille à laquelle Alî mais aussi le Prophète appartiennent, qui disposaient de cette charge honorifique de donner à boire aux pèlerins). Al-Abbâs, oncle du Prophète, tente lui aussi, avec d’autres membres de la famille, d’obtenir la clé. Mais le Prophète n’a pas comme objectif l’instauration d’un pouvoir familial et clanique ; les demandes de Alî et de al-Abbâs sont sincères et franches, mais le Prophète ne peut y accéder ; il dit donc simplement : “Où est Uthmân ibn Tal’ha ?” On fait appeler celui-ci. Il vient. Le Prophète lui dit : “Voilà ta clé, Uthmân. Aujourd’hui est jour de bien et d’honnêteté.”
Comme Uthmân s’en retourne, le Prophète le rappelle et lui dit : “Ce que je t’avais dit ne s’est-il pas réalisé ?” (”Je me suis alors souvenu, racontera Uthmân, de ce qu’il m’avait dit quand il habitait encore la Mecque : “Peut-être qu’un jour tu verras cette clé dans ma main ; j’en ferai ce que je voudrai.”") Uthmân répond : “Si. Je témoigne que tu es le Messager de Dieu.”

Le Prophète séjournera à cette occasion dix-neuf jours à la Mecque. Ce séjour, il l’occupe à entreprendre différentes choses, dont ceci : il envoie quelqu’un annoncer dans chaque coin de la ville : “Celui qui croit en Dieu et au jour dernier, qu’il brise toute idole se trouvant dans sa maison.”

La victoire sur la Mecque a permis au Prophète de débarrasser la Kaaba des idoles qu’on y avait placées. Le Prophète voudrait aussi inclure de nouveau, dans l’édifice de la Kaaba, la surface [de quelques mètres carrés] que les Quraysh en avaient exclue pour cause de manque de fonds licites quand, dans le passé, ils avaient rebâti l’édifice – après que les murs de celui-ci, ayant subi l’assaut du temps, avaient été endommagés par un incendie – ; le Prophète voudrait également que la porte, volontairement ex-haussée par les Quraysh pour que l’on ait besoin d’un escalier amovible pour y accéder, soit ramenée au niveau du sol, en sorte que tout musulman puisse y entrer sans dépendre du bon vouloir de l’un ou de l’autre. Mais il sait que les Quraysh sont des tout nouveaux convertis et qu’ils ne comprendraient pas que le Messager de Dieu ait fait démolir une partie d’un pan de la Maison de Dieu (même si c’est pour le reconstruire immédiatement ensuite). Il n’entreprendra donc rien sur ce point. Aïcha raconte avoir questionné le Prophète : “(L’espace compris entre le mur de la Kaaba et) le muret fait-il partie de la Kaaba ? – Oui. – Pourquoi ne l’a-t-on alors pas inclus dans la Kaaba ? – Ton peuple n’avait pas assez d’argent (licite). – Et pourquoi la porte de la Kaaba est-elle ex-haussée ? – Ton peuple a fait cela pour pouvoir autoriser qui ils veulent et empêcher qui ils veulent d’entrer dans la Kaaba. Et si ton peuple ne venait pas de quitter l’incroyance – car je crains que leur cœur ne comprenne pas –, j’inclurais l(’espace du) muret et ramènerais la porte au niveau du sol” ; il a aussi dit, peut-être à un autre moment : “et je rajouterais une porte pour la sortie.”

Ces deux moments de la vie du Prophète, l’un le montrant en situation de faiblesse, l’autre pendant le succès, illustrent bien les caractéristiques de l’action du Prophète. Il y avait chez lui la patience face à l’agressivité (voyez comment il a répondu de façon calme et sereine à ‘Uthmân lui tenant des propos durs à la Mecque) ; et il y avait, parallèlement à cette patience, de l’action continue pour se rapprocher de Dieu et pour fortifier la foi des croyants. Dans le succès, il y avait l’humilité, la bonté et la justice. Et avant comme après le succès, il y avait l’action destinée à améliorer la situation, mais entreprise avec intelligence et pragmatisme, en tenant compte des possibilités offertes par le contexte, afin d’éviter de créer des problèmes plus grands encore que ceux qu’il s’agissait de résoudre .

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Sources de ces événements, et de ces actes et propos attribués au Prophète :

Sahîh ul-Bukhârî, n° 1506-1509, n° 3639, n° 2826, 4038, 4139 ; Zâd ul-ma’âd, 3/406-409, 411 ; Fat’h ul-bârî, 8/24 ; As-sîrat un-nabawiyya, Ibn Hishâm, 1/226, 4/45 ; Ar-Rahîq ul-makhtûm, p. 461.

Wallâhu A’lam (Dieu sait mieux).
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