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 Quelle contribution citoyenne des associations musulmanes de France ?

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siham



Messages : 20
Date d'inscription : 05/08/2008

MessageSujet: Quelle contribution citoyenne des associations musulmanes de France ?   Sam 27 Sep - 7:13

Rencontres

Quelle contribution citoyenne des associations musulmanes de France ?

par Yamin Makri

La question de l’Islam en France pose également le problème de l’action citoyenne sur le terrain, comme le montre l’expérience originale des jeunes musulmans.

Introduction

Quand on débat sur l’islam et la citoyenneté, on s’attache souvent à décrire les principes de l’un et de l’autre, puis on nous présente l’historique d’une présence prétendue nouvelle avec toutes les incompréhensions et les discriminations qui sont souvent si difficilement vécues.

Pour ma part, je vais essayer de m’intéresser plutôt au comment : au delà des principes si souvent proclamés, au delà des innombrables discriminations si souvent dénoncées comment contribuer aujourd’hui, dans ce contexte difficile, à une situation meilleure, à une citoyenneté plus épanouie et plus acceptée ? Aujourd’hui c’est ce qui importe le plus. Il ne s’agit pas d’ignorer l’importance d’une histoire et d’une mémoire, ni la complexité des problèmes qui peuvent s’enchevêtrer (« problème de l’immigration », « problème des banlieues », problèmes internationaux…) ; tout au contraire, il s’agit d’en prendre profondément conscience mais d’agir en conséquence.


Dix années d’expériences associatives musulmanes

Avec l’émergence des jeunes musulmans est née une expérience associative d’une dizaine d’années qui n’est certes pas négligeable. Ces « jeunes musulmans » qui en ont été à l’initiative sont d’ailleurs, pour certains, proches de la quarantaine – le qualificatif jeunes prête d’ailleurs à sourire. Il faudrait s’attarder sur ce phénomène associatif, en essayant de comprendre comment ces musulmans issus de l’immigration ont pu, malgré un contexte si défavorable, exercer leur citoyenneté et comment ils sont parvenus à s’exprimer et à agir dans l’espace public.

À partir de cette expérience-là, et à partir des solutions originales qu’elle a apportées, on pourra alors peut-être imaginer comment, dans l’avenir, la jeunesse musulmane de France – qui est majoritaire dans la communauté musulmane de nationalité française et qui préfigure la communauté musulmane de demain – pourra exercer sa citoyenneté. Et surtout comment elle pourra exercer un engagement politique, dans tous les sens du terme.

Au début des années quatre-vingt, dès l’apparition des jeunes musulmans sur la scène publique à travers la création de structures associatives, ils font principalement face à deux contraintes – et on verra que cela perdurera par la suite. Ces deux contraintes sont intracommunautaire et extracommunautaire.
Une double contrainte

Pour la contrainte intracommunautaire, il s’agira des pesanteurs de l’histoire liées aux conséquences de l’immigration, et notamment aux prises de position de la première génération de musulmans, parfois bien différentes de celles que prirent par la suite les générations suivantes. Cela se traduira notamment dans la vision que l’on peut avoir d’un lieu de culte en France. La plupart d’entre eux sont en effet encore gérés en France par la première génération. Or, du fait d’un positionnement différent, il est apparu des différences de visions dans la manière de gérer ces lieux de culte entre cette première génération et les suivantes.
Pour la première génération, face aux déchirements de l’exil, le lieu de culte servait de palliatif : c’était un lieu où l’on pouvait prier en paix mais aussi se réunir, se rencontrer et, pour beaucoup, c’était un petit morceau d’Algérie, un petit morceau de Turquie. L’ouverture de mosquées concrétisait l’installation durable de cette population et la reconnaissance de leur culte ; mais cela a été aussi synonyme de deuil du retour au pays d’origine, lequel a toujours été idéalisé.
Par contre, pour les générations suivantes, le positionnement est différent : par rapport à leur foi d’abord – mais là n’est pas le sujet – mais aussi par rapport à la vision qu’elles avaient du contexte dans lequel elles vivaient. Le lieu de culte est ainsi surtout perçu comme un espace où peut s’initier une expression de leur engagement social dans l’espace public. Et c’est là qu’est souvent apparu un hiatus : tandis que les gestionnaires de ces lieux de culte en avaient une compréhension essentiellement cultuelle, les plus jeunes voulaient la dépasser.

La seconde contrainte est extracommunautaire. Depuis le début du mouvement beur des années quatre-vingt et jusqu’à aujourd’hui, c’est une conception réductrice de la République qui, malheureusement, s’est développée. Une conception pure et dure qui consiste à refuser toute affirmation identitaire dans l’espace public – alors que les textes de loi ne l’interdisent pas. Dans ce contexte-là, on refuse à des personnes qui ont une foi, une conviction religieuse, de l’exprimer publiquement, on leur demande de l’exprimer uniquement dans la sphère privée.
De nombreux obstacles ont alors été rencontrés, en particulier sur le plan local, lorsque des jeunes musulmans entendaient intégrer des institutions tels les centres sociaux, les maisons de quartier, les MJC, qui sont des institutions laïques. Beaucoup de ces institutions ont durant dix ans tenu un discours fermé : cela a constitué une rupture. En effet, beaucoup de jeunes musulmans espéraient que dans ce cadre-là, dans ce cadre laïc reconnu, ils pouvaient agir ensemble et négocier ce que l’on appelle le « vivre ensemble ».

Malheureusement, cela n’a pas été le cas, il y a eu des réactions de rejet, ce fut la tendance majeure. On ne peux affirmer que cela a été ainsi partout en France. Mais ces structures laïques auraient pu s’avérer être le lieu où pouvait être débattue, notamment, une reconnaissance de valeurs communes, à partir desquelles il etait possible de développer des actions communes. Mais comment pouvait-on penser que ces jeunes musulmans pouvaient agir en ces lieux, alors que la seule reconnaissance possible de leur identité culturelle se limitait au folklore ? Dès qu’on dépassait ce stade, c’était une réaction de rejet.

Face à ces deux contraintes, la solution originale qui a été apportée par ces musulmans des seconde et troisième générations a consisté en la création de structures intermédiaires : des structures autonomes, entre le lieu de culte qui restait confiné à la seule sphère cultuelle et l’institution laïque qui refusait toutes expressions associées à des différences culturelles et religieuses.

L’émergence d’espaces autonomes

Puis on a vu naître ces dix dernières années – phénomène majeur, en particulier dans les banlieues et dans les cités de France – une multiplication de ces associations, associations de jeunes et de moins jeunes qui avaient des buts très divers : culturels, sociaux, éducatifs, humanitaires, sportifs. Ces lieux sont apparus comme des lieux intermédiaires, des lieux de débat.
Et c’est souvent à partir de ces lieux-là que se sont également tissées des relations avec les structures laïques qui, dix ans auparavant, refusaient tout dialogue, tout partenariat, toute action collective concernant, par exemple, les débats sur l’action associative locale, sur la laïcité, sur la place de l’islam en France.
Ces lieux ont aussi constitué une étape sur le chemin de la connaissance et de la reconnaissance. Ils ont aussi permis de répondre aux inquiétudes des interlocuteurs non musulmans face à l’apparition des salles de prière dans les quartiers. Pour les jeunes musulmans, ces espaces autonomes se sont donc avérés comme étant la concrétisation d’un besoin d’agir au quotidien et sur le terrain social ; par la suite des actions en partenariat se sont multipliées.
Il faut souligner que l’originalité de ce mouvement des jeunes musulmans – on peut l’appeler comme cela – a été de refuser le discours médiatisé de certains intellectuels et de certaines personnalités politiques qui nous faisaient croire qu’il fallait faire le choix entre, d’une part, une vision étriquée, étroite, fermée de la République et, d’autre part, le communautarisme.




Dernière édition par siham le Sam 27 Sep - 7:16, édité 1 fois
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siham



Messages : 20
Date d'inscription : 05/08/2008

MessageSujet: Re: Quelle contribution citoyenne des associations musulmanes de France ?   Sam 27 Sep - 7:14

L’immense leçon que nous pouvons tirer aujourd’hui, c’est que ces espaces autonomes ont permis la multiplication d’actions sociales et citoyennes de ces jeunes musulmans sans qu’ils aient eu à renier leurs différences culturelles et religieuses.

Aujourd’hui en France, malheureusement, dès que l’on parle de différence culturelle, de différence religieuse, on associe souvent celles-ci à un affaiblissement de l’idée de la nation, à un affaiblissement des valeurs républicaines. Aussi toute l’action qui est menée actuellement vise à prouver qu’il est possible d’avoir une action citoyenne, civique, voire politique, tout en contribuant aux débats de société et sans se défaire de notre spécificité.

Il est évident que cet engagement public des musulmans, en particulier des musulmans pratiquants, pose toujours problème dans l’esprit de nos interlocuteurs institutionnels. Quand on se présente comme etant à la fois responsable d’une association cultuelle et responsable d’une association à but civique et citoyen, c’est toujours très mal perçu. On ne parvient pas encore à accepter que des musulmans qui ont des convictions religieuses puissent aussi porter des valeurs citoyennes.

Mais le temps est révolu ou il fallait prouver l’adhésion aux valeurs républicaines et laïques des musulmans à chaque nouvelle initiative publique. Aujourd’hui, la situation est devenue si délicate, notamment dans les quartiers, dans les cités où vivent ces communautés, que la réflexion doit désormais porter essentiellement sur comment, dans ce contexte difficile, nous pouvons avoir une action associative et collective beaucoup plus efficace.

Une action éminemment politique…


Comment, en effet, pouvons-nous avoir une action politique dans tous les sens du terme ? C’est-à-dire avec le bulletin de vote, mais aussi en dehors du bulletin de vote.

La triste réalité aujourd’hui est que la plupart des associations de quartier tenues par des musulmans, très présentes au niveau local, demeurent toujours exclues de tous les débats portant sur la vie politique locale et sur les réaménagements urbains ; au sein de l’institution scolaire, des musulmanes et des musulmans pratiquants rencontrent de nombreuses difficultés pour simplement se présenter sur les listes de représentants de parents d’élèves présents aux conseils d’école. C’est en particulier le cas des mères de famille voilées – le problème se situe souvent là – qui voulaient être membres de conseil d’école, représentantes de parents d’élèves, et qui en ont été empêchées de manière plus ou moins insidieuse. Il est certain que le débat démocratique et le débat citoyen dans ces quartiers sont encore loin d’être ouverts.

A travers l’expérience locale des dix dernières années, à travers les solutions originales qu’ont apportées les jeunes musulmans par le biais de leur activités sociales, nous pouvons aujourd’hui réfléchir sur le type d’action politique qu’il est souhaitable de mener. Quelle contribution pourraient apporter les musulmans pour une action politique et citoyenne originales ? Mais là encore, des contraintes existent bel et bien : d’ordre général et d’autres qui sont plus liées à la manière dont on gère le culte musulman en France.

Contraintes d’ordre général : Il est difficile dans les cités et les banlieues, où la majorité de la communauté musulmane vit, de parler de citoyenneté compte tenu de la situation lamentable de ces quartiers. On se demande ici quelle est la place de la citoyenneté : on nous a souvent répété que la République est laïque, on nous a fait disserter sur la laïcité, mais on oublie souvent de nous rappeler que la République française, d’après sa constitution, est aussi sociale. Elle est laïque, elle est sociale, il faut le rappeler. Il faut savoir que l’une est liée à l’autre : pas de laïcité sans égalité, pas de laïcité sans solidarité et enfin pas de laïcité sans justice sociale.

Actuellement nous vivons dans des cités qui sont délaissées, où on a des politiques municipales qui ignorent les population les plus démunies. L’école dans ces quartiers - qui est l’institution laïque par excellence – agit telle une citadelle assiégée. Elle ne se comporte plus comme une institution laïque où pourraient émerger des solutions neuves et originales pour les citoyens de demain.

On pourrait encore citer le problème de la police, de la justice, des discriminations à l’embauche et au logement, de la corruption des instances politiques locales, etc. Comment développer l’idéal citoyen dans ces quartiers quand ses habitants vivent quotidiennement la discrimination et l’injustice sociale ? Quelle idée citoyenne peut-on encore promouvoir face à la désaffection à l’égard du politique, face à la perte des valeurs de partage et de solidarité ? Contraintes liées à la gestion politique du culte musulman : On nous fait souvent comprendre qu’on peut difficilement séparer le problème de l’islam de France de celui de l’immigration et des banlieues ; on le dit beaucoup moins mais il est évident que les relations diplomatiques qu’entretient la France avec certains pays musulmans ont des conséquences directes sur la manière de gérer la présence de cette communauté en grande partie française. Aujourd’hui, insidieusement, on gère l’amalgame entre ces différentes problématiques.

Au niveau national, il existe, aujourd’hui, des ambitions non avouées de l’État français de créer une instance représentative de l’islam qui pourrait, en particulier, gérer les problèmes de crises des banlieues. On espère aussi avoir une instance représentative claire, docile si possible, qui pourrait être un bon élément intervenant lors des négociations au niveau international avec les pays musulmans. Au niveau de l’État, on voit ainsi s’enchevêtrer toute la question de l’islam avec la problématique de l’immigration, des banlieues et de la question internationale. Souvent d’ailleurs dans les débats d’une organisation du culte musulman, la communauté musulmane, ainsi instrumentalisée, se trouve soumise à des enjeux qui la dépassent.

Au niveau local, on trouve certes des situations où des musulmans sont concernés mais qui ne devraient pas se gérer à travers leurs représentants – si représentants, il y a – du culte musulman. Ainsi quand un pompier est gravement bléssé à la suite de l’explosion d’une voiture, dans la banlieue lyonnaise, à Vénissieux, après avoir tenté d’éteindre un incendie, cela suscite évidemment des réactions. Nous nous sommes sentis obligés d’exprimer notre solidarité auprès des sapeurs-pompiers. Mais cela peut poser problème que l’Union des jeunes musulmans intervienne dans une situation qui ne concerne pas que l’Union des jeunes musulmans. Elle concerne tous les habitants du quartier qui ne sont pas tous musulmans.

De même, nous trouvons intolérable que le reponsable de la mosquée de Lyon se sente obligé de réagir seul auprès des médias à chaque fois qu’on mentionne des violences dans les banlieues lyonnaises. Il s’agit là de problèmes qui concernent tous les citoyens, tous les habitants et la société française en général. Cette attitude tend à faire accepter l’idée que la problématique des banlieues est totalement liée à celle de l’Islam.
… et citoyenne

Or c’est sur le plan de la citoyenneté, et non sur celui de l’islam, que la réflexion – et les actions – doivent porter. Actuellement, au niveau local, des débats et des initiatives – avec des musulmans pratiquants ou non , mais aussi avec des non-musulmans – se développent.
Nous sommes convaincus qu’une grande partie des problèmes que nous vivons – y compris celui du culte musulman – sont des problèmes d’ordre politiques. Le problème de la place du culte musulman sur le sol national est un problème politique et ne se situe non pas dans le cadre d’une instance représentative de l’islam, mais dans le cadre d’une action citoyenne. Une action citoyenne menée pour la justice et la dignité, pour que la liberté de culte et la liberté religieuse soient reconnues et appliquées dans les faits. Il s’agit de passer d’une égalité de droit assortie d’une discrimination de fait à une égalité de droit sans discrimination aucune. Ce sont des revendications citoyennes qui dépassent les musulmans, mêmes s’ils sont concernés.
Conclusion : participer à toutes les instances

Pour résister à ces injustices, dénoncer toutes les discriminations et contribuer à une citoyenneté de solidarité notre présence et notre participation aux instances décisionnelles sont incontournables. Mais cela passe par un courage, une maturité politique et un nouvel état d’esprit. Cela suffit d’interpeller ici et là comme si nous nous trouvions en dehors de la société et de ses débats ! Nous sommes à l’intérieur de la société, nous en sommes membres à part entière, nous sommes citoyens de ce pays. Il faut le concevoir et le vivre en tant que tel ; et d’ailleurs ce n’est absolument plus supportable que l’on nous parle d’intégration : cela signifie qu’on est encore à l’extérieur. Or nous ne sommes plus à l’extérieur. Les droits s’arrachent – mêmes quand ils sont clairement énoncés dans les textes de loi –, ils ne se donnent pas, ils n’ont jamais été donnés. Les musulmans ne feront pas exception.














Yamin Makri

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