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 livre:Les non-musulmans dans la société islamique(Sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî )

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hud



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Date d'inscription : 18/08/2008

MessageSujet: livre:Les non-musulmans dans la société islamique(Sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî )   Mer 19 Juin - 9:38

Les non-musulmans dans la société islamique
Section : Les droits des dhimmis

Sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî

Le droit à la protection

La règle première dans le traitement des gens de la dhimmah en "terre d’islam" stipule qu’ils ont autant de droits que les musulmans sauf quelques points exceptionnels précis et autant de devoirs que les musulmans sauf exception. Le premier droit dont ils bénéficient est celui de la protection de l’état islamique et de la société islamique. Cette protection comprend la protection de toute agression extérieure et de toute injustice intérieure afin qu’ils vivent totalement dans la sécurité et la stabilité.
La protection des agressions extérieures
Sur le plan de la protection des agressions extérieures, ils ont des droits identiques aux musulmans. L’Imâm ou le souverain musulman se doit, de par le pouvoir et la force militaire qu’il détient, leur apporter cette protection. On lit dans Matâlib Ulî An-Nuhâ - une référence hanbalite : "L’Imâm se doit de préserver les gens de la dhimmah et empêcher quiconque de leur nuire, de libérer leurs ôtages et de repousser quiconque vise à les nuire tant qu’ils résident chez nous, et même s’ils sont isolés dans un village, et aussi longtemps qu’ils ne résident pas en terre de guerre" (Matâlib Ulî An-Nuhâ, volume 2, pp. 602-603)
L’Imâm Al-Qarâfî le malékite rapporte dans son livre Al-Furûq la parole de l’Imâm dhâhirite Ibn Hazm dans son ouvrage Marâtib Al-Ijmâ` i.e. ’Les Degrés de l’Unanimité’ selon laquelle : "Si les ennemis viennent à nos contrées pour se saisir d’un dhimmi, il est de notre devoir de les combattre par tous les moyens logistiques et militaires et de mourir dans ce dessein pour préserver celui qui bénéficie du pacte (dhimmah) d’Allâh et du pacte de Son Messager - que les salutations et les bénédictions d’Allâh soient sur lui - car le livrer à eux sans combat est une négligence du contrat de dhimmah" (Al-Furûq i.e. ’Les Différences’, volume 3, pp. 14-15, la 119ème différence) On rapporte l’unanimité de l’ummah à ce sujet. Al-Qarâfî a commenté ce passage disant : "Un contrat qui conduit à dépenser les vies et les fortunes pour l’honorer est certainement d’une immense valeur". (cf. la référence précédente).
L’un des cas d’application concrète de ce principe islamique est celui du Sheikh de l’Islam Ibn Taymiyah lorsque les Tatars ont envahi le Shâm (i.e. la Grande Syrie). Le sheikh s’est entretenu avec Qatlûshâh afin qu’il libère les ôtages. Le chef Tatar a consenti à libérer les ôtages musulmans et a refusé de libérer les dhimmis et le Sheikh de l’Islam de dire : Nous n’acceptons rien de moins que la libération de tous les ôtages juifs et chrétiens car ce sont les gens de notre dhimmah et nous n’abandonnerons aucun ôtage, ni dhimmi, ni étranger à la foi. Face à son insistance et sa détermination, il les lui a libérés.
La protection de l’injustice intérieure
La protection de l’injustice intérieure est une chose décrêtée par l’islam et sur laquelle il a insisté. Les musulmans sont mis en garde contre toute nuisance physique ou verbale et contre toute agression envers les gens de la dhimmah. En effet, Allâh - Exalté soit-Il - n’aime pas les injustes et ne les guide point. Au contraire, Il les saisit de Son châtiment dans ce bas-monde ou reporte Son châtiment démultiplié dans l’au-delà.
Les versets et les hadiths interdisant l’injustice, la répprouvant et montrant ses conséquences funestes ici-bas et dans l’au-delà sont multiples. Il ya également des hadiths mettant spécifiquement en garde contre l’injustice envers les non-musulmans parmi les gens bénéficiant d’un pacte et les gens de la dhimmah. Ainsi, le Messager - que les salutations et les bénédictions d’Allâh soient sur lui - a-t-il dit : "Quiconque opprime un mu`âhid (le bénéficiaire du pacte) ou le spolie d’un droit ou le charge de ce qui dépasse sa capacité ou lui prend une chose sans son consentement, je serai son adversaire le jour de la résurrection" (rapporté par Abû Dâwûd et Al-Bayhaqî. cf. As-Sunan Al-Kubrâ, volume 5, p. 205) On rapporte également de sa part : "Quiconque nuit à un dhimmi, je suis son adversaire, et quiconque est mon adversaire, je triompherai de lui le jour de la résurrection" (rapporté par Al-Khatîb avec une chaîne de garants jugée hasan i.e. "bonne"). On rapporte aussi de sa part : "Quiconque nuit à un dhimmi me nuit et quiconque me nuit nuit à Allâh". (rapporté par At-Tabarânî dans Al-Awsat avec une chaîne de garants jugée hasan) Par ailleurs, le pacte du Prophète - paix et bénédiction d’Allâh sur lui - aux gens de Najrân garantit que : "Nul homme parmi eux ne sera saisi pour une inéquité commise par un autre." (rapporté par Abû Yûsuf dans Al-Kharâj p. 72-73)
C’est pourquoi les musulmans ont été extrêmement attentifs et ce, dès le temps des califes bien guidés, à lever toute injustice dont les gens de la dhimmah seraient l’objet, à faire cesser toute nuisance qu’ils subiraient et à faire la lumière sur toute plainte émanant d’eux. Par exemple, `Umar Ibn Al-Khattâb - qu’Allâh l’agrée - avait pour habitude d’interroger ses visiteurs provenant des provinces sur la condition des gens de la dhimmah de peur qu’un musulman ne les atteigne par un mal. Ils répondaient : "Nous n’avons ouïe que de fidélité " (At-Târîkh i.e. Les Chroniques d’At-Tabarî, volume 4, p. 218), c’est-à-dire fidélité au pacte au contrat passé entre eux et les musulmans et ceci implique que chaque partie ait honoré son engagement. De même, `Alî Ibn Abî Tâlib - qu’Allâh l’agrée - a dit : "Ils s’acquittent de la jizyah afin que leurs biens soient comme les nôtres et leur sang soit comme le nôtre". (Al-Mughnî, volume 8 p. 445 - Al-Badâ’i`, volume 7, p. 111, d’après Ahkâm Adh-Dhimmiyyîn wal-Musta’manîn p. 89)
Les juristes musulmans de toutes les écoles juridiques ont déclaré et affirmé que les musulmans doivent lever l’injustice subie par les gens de la dhimmah et les en préserver car en établissant ce pacte les musulmans se sont engagés à les protéger de l’injustice et, de leur côté, les gens de la dhimmah font partie de la terre d’islam. Certains juristes ont même déclaré que l’injustice à l’encontre d’un dhimmi est plus répréhensible que celle à l’encontre d’un musulman. Ceci a été mentionné par Ibn `Âbidîn dans sa Hâshiyah, opinion basée sur l’idée qu’en terre d’islam le dhimmi est habituellement sans appui et que l’injustice du fort contre le faible est un péché plus grand.
La protection de leur sang et de leurs corps
Le droit à la protection établi en faveur des gens de la dhimmah comprend la protection de leur sang, de leur personnes et de leurs corps, tout comme il couvre la protection de leurs biens et de leur honneur. Donc, leur sang et leurs personnes sont préservés selon l’unanimité des musulmans et leur assassinat est illicite à l’unanimité. Le Messager - paix et bénédiction d’Allâh sur lui - dit : "Quiconque assassine un mu`âhid (une personne du pacte) ne sentira pas le parfum du Paradis, lequel se sent à quarante ans de marche" (rapporté par Ahmad, Al-Bukhârî dans Al-Jizyah, An-Nasâ’î et Ibn Mâjah dans Ad-Diyât selon le hadîth de `Abdullâh Ibn `Amr. Le mu`âhid d’après Ibn Al-Athîr désigne le plus souvent les gens de la dhimmah et peut être étendu aux autres mécréants si l’on s’accorde avec eux sur l’abandon de la guerre - Fayd Al-Qadîr, volume 6, p. 153)
C’est pourquoi les juristes musulmans considèrent unanimement que le meurtre d’un dhimmi est une kabîrah (i.e. un péché capital ou majeur) en vertu de la menace énoncée dans ce hadîth mais ils ont divergé sur la question du talion : un musulman peut-il être tué contre le dhimmi qu’il a lui-même tué. Le jumhûr (la majorité) des juristes dont Ash-Shâfi`î et Ahmad est d’avis qu’un musulman ne peut être tué contre un dhimmi se basant sur le hadîth authentique : "Un musulman ne peut être tué contre un mécréant" (rapporté par Ahmad, Al-Bukhârî, An-Nasâ’î, Abû Dâwûd et At-Tirmidhî du hadîth de `Alî, et dans Al-Muntaqâ et son commentaire. cf. Nayl Al-Awtâr, volume 7, p.15, édition Dâr Al-Jîl) et sur un autre hadîth : "Qu’un musulman ne soit pas tué contre un mécréant, ni qu’un mu`âhid couvert par son pacte (ne le soit non plus)" (rapporté par Ahmad, An-Nasâ’î et Abû Dâwûd du hadîth de `Alî également, ainsi qu’Al-Hâkim qui l’a jugé authentique dans Al-Muntaqâ et son commentaire. cf. la référence précédente.)
Mâlik et Al-Layth ont dit : si le musulman assassine le dhimmi délibérément, le talion est appliqué, sinon non. (Nayl Al-Awtâr, volume 7, p. 154) et c’est ce qu’Abbân Ibn `Uthmân a appliqué lorsqu’il était l’émir de Médine. Il a exécuté un musulman pour l’homicide volontaire d’un copte. Or, Abbân est considéré parmi les juristes de Médine. (cf. Al-Jawhar An-Naqî ma`a As-Sunan Al-Kubrâ)
D’autre part, Ash-Sha`bî, An-Nakha`î, Ibn Abî Laylâ, `Uthmân Al-Bittî ainsi qu’Abû Hanîfah et ses disciples sont d’avis que le talion s’applique au musulman pour l’homicide d’un dhimmi du fait de la portée générale des textes du Coran et de la sunnah imposant le talion, pour l’accord de ces textes quant à la sacralité intemporelle du sang et aussi d’après le récit relatant que le Prophète - que les salutations et les bénédictions d’Allâh soient sur lui - a exécuté un musulman pour le meurtre d’un mu`âhid disant : "Je suis le plus noble parmi ceux qui tiennent leur engagement" (rapporté par `Abd Ar-Razzâq et Al-Bayhaqî. Ce dernier a jugé ce récit faible selon As-Sunan, volume 8, p. 30. cf. le commentaire d’Ibn At-Turkumânî dans Al-Jawhar An-Naqî en marge d’As-Sunan Al-Kubrâ et Al-Musannaf, volume 10, p. 101)
De même, on relate que `Alî a fait venir un musulman ayant assassiné un homme de la dhimmah et dont la culpabilité a été établie et a ordonné qu’il soit exécuté. Mais, le frère de la victime est intervenu disant : Pour ma part, je lui ai pardonné. `Alî lui a demandé : Ils t’ont peut-être menacé ou effrayé ? Il a dit : Non, mais son exécution ne me ramènera pas mon frère, ils m’ont payé une réparation et j’ai accepté. `Ali a conclu : Tu es mieux placé pour en juger. Le sang des gens envers qui nous nous sommes engagés est comme notre sang et leurs biens sont comme nos biens. (rapporté par At-Tabarânî et Al-Bayhaqî ; As-Sunan Al-Kubrâ volume 8, p. 34). Et selon une autre narration : "ils ont payé la jizyah pour que leur sang soit comme notre sang et leurs biens comme les nôtres".
Par ailleurs, on rapporte de manière authentique que `Umar Ibn `Abd Al-`Azîz a écrit à l’un de ses princes au sujet d’un musulman ayant assassiné un dhimi lui ordonnant de le soumettre au walî (le parent direct) de la victime, s’il le souhaite, il l’exécute et s’il le souhaite, il lui pardonne. Le prince a donc remis le meurtrier au walî de la victime qui l’a exécuté. (Al-Musannaf de `Abd Ar-Razzâq, volume 10, pp. 101-102)
Ils (Ash-Sha`bî, An-Nakha`î, Ibn Abî Laylâ, `Uthmân Al-Bittî et Abû Hanîfah ?) disent : c’est pour cette raison que le musulman est amputé pour le vol des biens du dhimmi alors que les affaires d’argent sont moins graves que le retrait de la vie. Quant à la parole du Prophète - que les salutations et les bénédictions d’Allâh soient sur lui : "Un musulman ne peut être tué contre un mécréant", cela désigne les mécréant des terres de la guerre et de cette façon les textes sont conciliés. (cf. les écrits de l’Imâm Al-Jassâs dans son livre "Ahkâm Al-Qur’ân" i.e. "Les Lois du Coran", volume 1, chapitre "tuer un musulman contre un mécréant", pp. 140-144, édition Istanboul, édition illustrée à Beyrouth) Telle a été la position adoptée par le caliphat ottoman et appliquée dans ses provinces pendant de nombreux siècles jusqu’à sa destruction au siècle présent par les ennemis de l’islam.
Tout comme l’islam a protégé leur vie, il a protégé leur corps des coups et de la torture si bien qu’il n’est pas permis de porter atteinte à leurs corps même s’ils sont en retard ou s’ils s’abstiennent du paiement de leurs obligations financières telles que la jizyah et le kharâj et ce, malgré la strictesse de l’islam vis-à-vis des musulmans qui ne s’acquittent pas de la zakât. Les juristes n’ont guère autorisé plus que l’emprisonnement en guise de punition pour les dhimmis qui ne s’acquittent pas de leurs obligations, sans que cet emprisonnement ne s’accompagne de torture ou de travaux forcés. A cet effet, Abû Yûsuf écrit que : "Hakîm Ibn Hishâm, l’un des Compagnons - qu’Allâh l’agrée - a vu un homme (du côté de Hims) exposer des nabathéens à la chaleur du soleil faute de paiement de la jizyah. Il l’a interpelé disant : Que fais-tu ? J’ai entendu le Messager d’Allâh - que la paix et les bénédictions d’Allâh soient sur lui - dire : ’Allâh - Exalté et Glorifié soit-Il - torturera ceux qui torturent les gens dans ce bas-monde’ rapporté par Muslim dans son Sahîh". (Al-Kharâj, d’Abû Yûsuf, p. 125 et cf. As-Sunan Al-Kubrâ d’Al-Bayhaqî, volume 9, p. 205)
De même, `Alî - qu’Allâh l’agrée - a écrit à l’un de ses percepteurs de kharâj : "Lorsque tu prélèves le dû, ne vends aucun vêtement, d’été comme d’hiver, ni une nourriture dont ils mangent, ni une bête de somme. Ne frappe personne du moindre coup de fouet pour un dirham impayé, et ne le maltraite pas pour le paiement d’un dirham (?). Ne vends aucun bien pour percevoir le kharâj car on ne nous a ordonné que de prélever sur leur excédent. Si tu enfreins mes ordres, qu’Allâh t’en tienne rigueur et ne m’en tienne pas et si j’apprends que tu as fait un écart, je te démettrai (de tes fonctions). Le percepteur lui a répondu : Dans ce cas, je reviendrai chez toi comme je suis parti ! (signifiant que les gens ne payent jamais sauf par la force) Il lui a répondu : Dusses-tu revenir comme tu es parti." (Al-Kharâj, d’Abû Yûsuf, pp. 15-16 et cf. As-Sunan Al-Kubrâ aussi, volume 9, p. 205)
La protection de leurs biens
De même que pour leurs âmes et leurs corps, leurs biens sont protégés. Cela fait l’unanimité des musulmans à quelque école juridique, pays ou époque qu’ils appartiennent. Abû Yûsuf a rapporté dans Al-Kharâj ce qui a été établi du temps du Prophète - paix et bénédiction de Dieu sur lui - pour les gens de Najrân : "Najrân et ses alentours ont la protection de Dieu, le pacte de Muhammad, le Prophète, le Messager de Dieu - paix et bénédiction de Dieu sur lui - pour leurs biens, leur confession et leurs temples, et tout ce qu’ils possèdent, peu ou prou..." (Al-Kharâj p. 72)
Sous son Califat, `Omar a envoyé à Abû `Obayd Ibn Al-Jarrâh lui dire : "Défends aux musulmans d’être injustes envers eux, de leur nuire ou de prendre leurs biens sauf par les moyens licites" [1]. Et nous avons vu plus haut la parole de `Alî - que Dieu l’agrée : "Ils ont payé la jizyah pour que leur sang soit comme notre sang et leurs biens comme les nôtres" [2]. C’est cela que les musulmans ont adopté depuis toujours.
Ainsi, quiconque vole l’argent d’un dhimmî aura la main coupée. Celui qui le prend de force recevra une peine discrétionnaire [3], et l’argent sera retourné à son propriètaire. Quiconque emprunte de l’argent à un dhimmî est tenu de rembourser l’emprunt. S’il ne le fait pas alors qu’il en a les moyens, le gouverneur l’emprisonne jusqu’à ce qu’il retourne l’argent, et en ceci il n’y a aucune différence avec un créditeur musulman.
La Protection de l’Islam pour la sacralité de leurs biens et propriétés a été telle que ce qu’ils considèrent comme un bien dans leur religion est respecté, même s’il n’est pas considéré comme tel aux yeux des musulmans. Ainsi, le vin et le porc ne sont pas considérés comme un bien pour les musulmans et si l’on cause un dégât à du vin ou du porc possédé par un musulman, cela n’appelle aucune amende ni correction. Au contraire, cela est considéré comme une bonne oeuvre méritant rétribution, car on a corrigé une chose blâmable dans la religion qu’il est obligatoire ou, du moins, recommandé de changer, selon la capacité de l’individu. Il n’est guère permis à un musulman de posséder du vin ou du porc pour son usage propre ni pour les vendre à autrui.
Par contre, si le vin et le porc sont possédés par un non-musulman, ils sont considérés comme un bien pour lui, voire parmi les biens les plus précieux - comme l’ont signifié les juristes hanafites. Quiconque cause un dégât à un dhimmi dans ces deux choses est tenu de lui verser une réparation égale à leur valeur. (Il y a une divergence entre les juristes à ce sujet. C’est l’opinion de l’école hanafite qui est citée ici).
La protection de leur honneur
L’islam protège l’honneur et la dignité du dhimmî comme il protège ceux du musulman. Nul n’a le droit de l’insulter, de l’accuser faussement, de le calomnier, de médire à son sujet, ou de dire de lui, ou de sa lignée, ou de son physique, ou de son éthique, ce qu’il déteste.
Le juriste malékite, le spécialiste des fondements, Shihâb Ad-Dîn Al-Qarâfî écrit dans son ouvrage Al-Furûq : "Le fait de conclure le pacte (dhimmah) avec eux leur donne des droits que nous devons honorer, car ils vivent dans notre voisinnage, sous notre protection, avec notre pacte (dhimmah), le pacte de Dieu - Exalté Soit-Il, le pacte du Messager de Dieu - paix et bénédiction de Dieu sur lui- et de l’islam. Quiconque les agresse, ne serait-ce que par un mot déplacé ou une médisance, viole le pacte de Dieu, le pacte du Messager de Dieu - paix et bénédiction de Dieu sur lui - et le pacte de l’islam". (Al-Furûq, volume 3, p. 14, la 119ème différence).
Dans Ad-Durr Al-Mukhtâr ("Les Perles Choisies"), un ouvrage de référence hanafite, on lit : "On doit protéger le dhimmi de tout mal. Il est interdit de médire à son sujet, au même titre qu’un musulman". L’érudit Ibn `Âbidîn a commenté cela disant : "Par l’établissement du pacte (dhimmah), on leur doit ce qui est dû pour nous-mêmes. Puisque la médisance est interdite à l’encontre d’un musulman, elle est interdite à l’égard d’un dhimmi. On dit même que l’injustice envers le dhimmi est encore pire". (Ad-Durr Al-Mukhtâr et son commentaire Hâshiyat Ibn `Âbidîn, volume 3, p. 244-246).
L’assistance sociale en cas d’invalidité, de vieillesse et de pauvreté
En outre, l’islam garantit pour les non-musulmans vivant au sein de son état un niveau de vie convenable pour eux et pour les gens dont ils ont la charge carilssontdesressortissantsdel’étatmusulman,lequel est responsable de tous ces ressortissants. Le Messager d’Allâh - que les salutations et les bénédictions d’Allâh soient sur lui - dit : "Chacun de vous est pasteur et chaque pasteur est responsable de ses ouailles" (hadîth d’Ibn `Umar faisant l’unanimité) [4] Telle a été la voie des Caliphes Bien Guidés [5] et de leurs successeurs.
Ainsi, le pacte de dhimmah envoyé par Khâlid Ibn Al-Walîd aux habitants d’Al-Hîrah en Iraq - chrétiens de leur état - comprenait : "Je me suis engagé envers eux à ce que tout homme âgé n’ayant plus la force de travailler, ou ayant été atteint d’une maladie quelconque, ou ayant perdu sa fortune et tombé dans le besoin au point que ses correligionnaires lui fassent l’aumône, ceux-là seront exemptés de jizyah et vivront à la charge du Trésor Public des musulmans [6], eux et les individus à leur charge." (rapporté par Abû Yûsuf dans Al-Kharâj, p. 144). Ceci a eu lieu pendant le caliphat d’Abû Bakr As-Siddîq et en présence d’un grand nombre de Compagnons. Khâlid Ibn Al-Walîd a écrit à Abû Bakr à cet effet et personne n’y a objecté, attitude comptée comme un ijmâ`. [7]
Un jour `Umar a aperçu un vieux juif faisant la quête. Il lui en a demandé la raison et a appris que la vieillesse et la pauvreté l’y obligeaient. Alors `Umar l’a emmené au responsable du Trésor Public des musulmans et lui a ordonné de lui verser ainsi qu’aux gens de condition similaire une allocation du Trésor Public leur permettant de pourvoir à leur besoin et de vivre convenablement. Il a dit à ce sujet : "Nous ne serions pas justes envers lui si nous prélèvions la jizyah sur son revenu pendant sa jeunesse et que nous le délaissions lors de sa vieillesse !" (référence précédente p. 126) De même, en allant à Al-Jâbiyah près de Damas, il a croisé des lépreux de confession chrétienne. Il a alors ordonné que leur soit alloué une part de l’argent de l’aumône et qu’ils soient couvert par al-qût, (Al-Balâdhurî dans Futûh Al-Buldân ("Les Conquêtes"), p. 177, édition Beyrouth) - c’est-à-dire que l’état se charge de les nourrir et de pourvoir pour eux de manière régulière.
Ainsi est établie la sécurité sociale en islam en tant que principe général qui couvre l’ensemble des enfants de la société, musulmans et non-musulmans. Il n’est pas admissible qu’il reste dans la société musulmane un individu privé de nourriture ou de vêtement ou d’abri ou de soins médicaux ; le soulager de tout mal est une obligation religieux, musulman soit-il ou dhimmi.
L’Imâm An-Nawawî dit dans Al-Minhâj ("La Voie") que parmi les obligations de suffisance [8] on compte le soulagement des maux des musulmans tel que vêtir le dénudé ou nourrir l’affamé si de tels maux ne sont pas levés par la zakât ni par le Trésor Public. Le savantissime Shamsuddîn Ar-Ramlî, le chaféite, précise dans "Nihâyat Al-Muhtâj ilâ Sharh Al-Minhâj" (un commentaire d’Al-Minhâj) que, sur ce plan, les dhimmis ont les mêmes droits que les musulmans et que le soulagement de leurs maux est une obligation (wâjib). Ensuite, Sheikh Ar-Ramlî - qu’Allâh lui fasse miséricorde - s’est penché sur la portée de "daf` ad-darar" (lever le mal). Cela correspond-il à un minimum permettant de survivre ou bien est-ce un seuil allant jusqu’à la suffisance ? La seconde opinion est la plus juste car, en terme de vêtements, il faut que tout le corps soit couvert et que cela soit adapté à la saison hiver comme été. On assimile à la nourriture et aux vêtements tout ce qui s’y apparente comme les honoraires d’un médecin, le prix des médicaments et un assistant à plein temps... Et ceci va de soi." Puis, il a dit : "Fait partie du soulagement des maux des musulmans et des dhimmis la libération de leurs ôtages". (Nihâyat Al-Muhtâj ilâ Sharh Al-Minhâjd’Ar-Ramlî, volume 8, p. 46, Kitâb "As-Siyar")
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hud



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MessageSujet: Re: livre:Les non-musulmans dans la société islamique(Sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî )   Mer 19 Juin - 9:40

Les non-musulmans dans la société islamique
Section : Les droits des dhimmis

Sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî


La liberté de confession

Parmi les droits des dhimmis protégés par l’islam, il y a nombre de libertés au premier rang desquelles la liberté de conviction et de culte. La religion de chaque individu et sa pensée le concernent avant tout et il ne peut être contraint à en changer ni subir des pressions pour embrasser l’islam. Ce droit se fonde sur la parole du Très Haut : "Nulle contrainte en religion, la voie droite se distingue clairement de l’égarement" (verset 2:256) et Sa parole - Exalté soit-Il : "Contraindrais-tu les gens à devenir croyants ?" (verset 10:99)
Ibn Kathîr dit dans l’exégèse du premier verset : c’est-à-dire ne contraingnez personne à embrasser la religion islamique car elle est explicite et claire, ses arguments et ses preuves sont limpides, et n’a pas besoin de recourir à la contrainte pour qu’on l’embrasse. La raison de révélation de ce verset mentionnée par les exégètes montre l’une des facettes de l’inimitabilité de cette religion. On rapporte qu’Ibn `Abbâs dit : "Il était de coutume qu’une femme ayant une faible progéniture fasse voeu, si son enfant survit, de le convertir au judaïsme. (Certaines femmes des Ansâr [1] pratiquaient cette coutume pendant la jâhiliyyah. [2]) Lorsque les Banû An-Nadîr [3] furent bannis, il y avait parmi eux des enfants des Ansâr. Leurs parents dirent : Nous ne laisserons pas nos enfants (c’est-à-dire : nous ne les laisserons pas embrasser le judaïsme). Alors Allâh - Exalté et Glorifié soit-Il - révéla le verset "Nulle contrainte en religion" (Ibn Kathîr l’attribua à Ibn Jarîr qui dit : "Cette narration fut rapportée par Abû Dâwûd, An-Nasâ’î, Ibn Abî Hâtim, Ibn Hayyân dans son Sahîh. De même, Mujâhid, Sa`îd Ibn Jubayr, Ash-Sha`bî, Al-Hasan Al-Basrî et d’autres rapportèrent que ce verset fut révélé à cette occasion..." Tafsîr Ibn Kathîr, volume 1, p. 310)
Bien que les tentatives de contraintes venaient de parents désireux de protéger leurs enfants de la subordination à leurs ennemis qui leurs faisaient la guerre et qui diffèraient par leur appartenance religieuse et nationale, en dépit des conditions particulières qui avaient occasionné l’adhésion de leurs enfants à la religion judaïque pendant leur enfance et malgré la prédominance dans le monde, et à cette époque, des vagues de persécution et de répression envers les gens qui divergeaient par la pensée et encore plus par la religion comme dans l’empire romain dont les ressortissants eurent à choisir entre la conversion au christianisme et la mort, puis quand l’empire romain eut adopté le courant melchite, il fit un bain de sang des chrétiens jacobites et autres ; malgré tout cela, le Coran a refusé la contrainte préférant que se convertisse de son propre chef et en connaissance de cause celui dont Allâh a élargi la poitrine et éclairé le jugement. Celui qu’Allâh a rendu aveugle et a scellé son ouïe et sa vue ne profitera pas d’une conversion contrainte et forcée - comme le souligne Ibn Kathîr. En effet, la foi chez les musulmans n’est pas un simple mot prononcé par la langue ni des rites accomplis corporellement. Au contraire, elle est fondée sur l’acquiessement du coeur, sa sujétion et son entière adhésion. C’est pourquoi l’histoire n’a pas connu un seul peuple musulman ayant tenté de contraindre les gens de la dhimmah à embrasser l’islam et cela est reconnu par les historiens occidentaux eux-mêmes.
Par ailleurs, l’islam a préservé les temples des non-musulmans et a été attentif à la sacralité de leurs rituels. Plus encore, le Coran a fait de la protection de la liberté de culte une raison légitimant la lutte armée et ce dans la parole du Très Haut : "Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués (de se défendre) - parce que vraiment ils sont lésés ; et Allah est certes Capable de les secourir - § ceux qui ont été expulsés de leurs demeures, - contre toute justice, simplement parce qu’ils disaient : ‹Allah est notre Seigneur›. - Si Allah ne repoussait pas les gens les uns par les autres, les ermitages seraient démolis, ainsi que les églises, les synagogues et les mosquées où le nom d’Allah est beaucoup invoqué." (verset 22:39-40)
Nous avons vu que le pacte du Prophète - paix et bénédiction d’Allâh sur lui - avec les habitants de Najrân leur accordait la protection d’Allâh et la dhimmah de Son Messager quant à leur biens, leur religion et leurs lieux de culte. De même, le pacte de `Umar Ibn Al-Khattâb avec les habitants de Jérusalem consigne leur liberté de culte et la sacralité de leurs temples et rituels : "Ceci est ce que le serviteur d’Allâh, `Umar, le Prince des Croyants accorde aux habitants de Jérusalem comme sécurité : Il leur accorde la sécurité pour leurs vies, leurs biens, leurs églises, leurs croix et l’ensemble de leur religion. Leurs églises ne peuvent être habitées, ni démolies, ni entamées qu’il s’agisse de leur espace, de leurs croix, ou de leurs biens. Ils ne seront pas contraints à abandonner leur religion, personne parmi eux ne sera inquiété et aucun juif n’habitera avec eux dans Jérusalem..." conformément au récit d’At-Tabarî. (Târîkh At-Tabarî, "Les Chroniques de Tabarî", édition Dâr Al-Ma`ârif, Egypte, volume 3, p. 609) Et, dans le pacte de Khâlid Ibn Al-Walîd avec les habitants de `Ânât : "Il leur est permis de faire retentir leurs trompettes à toute heure de la nuit ou du jour sauf aux heures des prières (musulmanes) et de sortir leurs croix pendant leurs jours de fêtes." (Al-Kharâj d’Abû Yûsuf p. 146)
Tout ce que l’islam demande aux non-musulmans, c’est le respect des sentiments des musulmans et la sacralité de leur religion. Ainsi s’abstiendraient-ils d’exhiber leurs rituels et leurs croix dans les contrées islamiques et de construire des églises dans une ville islamique qui n’en contenait pas auparavant pour ce que cela comporte comme ostentation et comme innovation de nature à choquer la sensibilité islamique et à provoquer des troubles. Néanmoins, certains juristes musulmans ont autorisé les dhimmis à construire des églises, des temples et autres lieux de culte dans les pays islamiques et dans les pays conquis par les musulmans manu militari, c’est-à-dire les pays dont les habitants ont combattu les musulmans et ne se sont soumis à eux que par l’épée, si l’Imâm des musulmans [4] les y autorise, pour servir l’intérêt général, étant donné que l’islam reconnaît leurs croyances. Telle était l’opinion des zaydites et de l’Imâm Ibn Al-Qâsim parmi les compagnons de Mâlik (cf. Ahkâm Adh-Dhimmiyyîn wal-Musta’manîn pp. 96-99)
Il semblerait que ceci fut mis en oeuvre tout au long de l’histoire des musulmans et dès le caliphat d’Abû Bakr. En effet, plusieurs églises ont été construites en Egypte au cours du premier siècle de l’hégire dont l’église de "Mâr Murqus" à Alexandrie entre les années 39 et 56 après l’hégire. De même, la première église fut construite à Al-Fustât [5] dans le quartier des romains pendant le gouvernorat de Maslamah Ibn Mukhallad sur l’Egypte entre les années 47 et 68 après l’hégire. De plus, lorsque `Abd Al-`Azîz Ibn Marwân jeta les fondations de la ville de Hulwân, il y autorisa la construction d’une église tout comme il autorisa certains prêtres à construire deux monastères. De tels exemples sont légions. L’historien Al-Maqrîdhî cite dans son livre Al-Khutat de nombreux exemples puis conclut son propos disant : "Toutes les églises sus-mentionnées du Caire datent de l’ère islamique sans aucune contestation" (cf. Al-Islâm wa Ahl Adh-Dhimmah, i.e. "L’Islam et les dhimmis" de Dr. `Alî Husnî Al-Kharbutlî p. 139 et aussi Ad-Da`wah ilâ Al-Islâm, i.e. "L’Appel à l’Islam", de Thomas W. Arnold, pp. 84-86, 3ème édition, traduction arabe de Dr. Hasan Ibrâhim et al.).
En revanche, dans les villages et lieux ne faisant pas partie des contrées des musulmans, il n’est pas interdit aux non-musulmans d’exhiber leurs rituels religieux, de rénover leurs vieilles églises et de construire les bâtiments dont ils ont besoin du fait de leur croissance démographique. Cette tolérance avec les gens de religion différente de la part d’hommes dont la vie est entièrement axée sur la religion, et qui ont obtenu la victoire et la suprématie grâce à elle, est une chose extraordinaire dans l’histoire des religions comme en témoignent les occidentaux eux-mêmes.
Le savant français Gustave Lebon dit : "Nous avons vu dans les versets coraniques mentionnés précédemment que la tolérance de Mohammad envers les juifs et les chrétiens était extrêmement grande. Les fondateurs des religions précédentes et notamment le judaïsme et le chritianisme ne prêchèrent rien de comparable. Nous verrons comment ses successeurs suivirent fidèlement son exemple." Certains savants européens suspicieux, tout comme les quelques croyants parmi eux, reconnurent ce fait après avoir étudié de près l’histoire des Arabes. Les propos suivants que nous avons recueilli dans les écrits d’un grand nombre d’entre eux prouvent que nous ne sommes pas seul à soutenir notre opinion sur ce sujet. Robertson dit dans son livre Biography of Charlequin i.e. "Biographie de Charlequin" : "Les musulmans sont les seuls à avoir réuni la protection jalouse de leur religion et la tolérance envers les adeptes des autres religions. Bien qu’ils aient dégainé le glaive pour répandre leur religion, ils ont laissé ceux qui ne voulaient l’embrasser libres de pratiquer leur religion". (en marge de la page 128 du livre La Civilisation des Arabes de Gustave Lebon)
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hud



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MessageSujet: Re: livre:Les non-musulmans dans la société islamique(Sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî )   Lun 24 Juin - 7:47

Les non-musulmans dans la société islamique
Section : Les droits des dhimmis
La liberté de travailler


Les non-musulmans jouissent de la liberté de travailler et de gagner leur vie qu’ils soient employés ou travaillant à leur propre compte. Ils peuvent exercer les professions libérales et s’engager dans toutes sortes d’activités économiques au même titre que les musulmans. En effet, les juristes ont statué que les dhimmis sont comme les musulmans en ce qui concerne les transactions commerciales, tous types de contrat et toutes transactions financières. Ils firent exception des contrats usuriers qui leur furent interdits au même titre que les musulmans. On relate que le Prophète - que les salutations et les bénédictions d’Allâh soient sur lui - aux Majous (magéens) de Hajr : "Soit vous abandonnez l’usure, soit vous vous exposez à une guerre d’Allâh et de Son Messager".
De même, on interdit aux gens de la dhimmah de vendre les vins et les porcs dans les pays musulmans et d’ouvrir les bars où l’on boit le vin et où sa manipulation est facilitée. On leur interdit également l’importation du vin de manière ostentatoire et même s’il est destiné à leur consommation personnelle de manière à boucher les brêches de la corruption et de fermer les portes de la tentation.
Hormis ces exceptions limitées, les dhimmis jouissent entièrement de leur liberté d’exercer tout commerce, artisanat et métiers divers. Ceci fut toujours appliqué et l’histoire des musulmans en témoigne à toutes les époques. Certains métiers faillirent même être monopolisés par les dhimmis comme le secteur bancaire, la pharmacie et d’autres. Ceci dura jusqu’à très récemment dans les pays musulmans. Ils ammassèrent ainsi des fortunes énormes exemptées de zakât et de tout impôt sauf la jizyah qui est un impôt perçu de la part des individus capables de prendre les armes - comme nous le verrons ultérieurement - et dont la valeur est minime.
Adam Metz dit : "Rien dans la législation islamique ne fermait devant les dhimmis les portes du travail. Ils étaient fermement établis dans les métiers qui rapportaient beaucoup. Ainsi étaient-ils banquiers, commerçants, grands rentiers et médecins. Ils s’organisèrent si bien que la plupart des banquiers doués en Syrie étaient juifs alors que la plupart des médecins et scribes étaient chrétiens. Le doyen des chrétiens à Baghdâd était le médecin du Caliphe et les chefs et grandes personnalités juives faisaient partie de sa cour." (La Civilisation Islamique au Quatrième Siècle de l’Hégire du professeur Adam Metz, professeur de langues orientales à l’Université de Bâle en Suisse, traduction en arabe de M. Mohammad `Abd Al-Hâdî Abû Rîdah, 4ème édition, section "Les juifs et les chrétiens", volume 1, p. 86)

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MessageSujet: Re: livre:Les non-musulmans dans la société islamique(Sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî )   Lun 24 Juin - 7:49

Les non-musulmans dans la société islamique
Section : Les droits des dhimmis
L’exercice des fonctions publique

Les dhimmis ont le droit d’exercer les fonctions publiques au même titre que les musulmans à l’exception des postes dominés par l’emprunte religieuse tels que l’imâmat, la présidence de l’état, le commandement de l’armée, rendre justice entre les musulmans et la gérance des donations etc. En effet, l’imâmat et le caliphat sont des fonctions couvrant à la fois le religieux et le profane. Il s’agit de la succession du Prophète - que les salutations d’Allâh et Ses bénédictions soient sur lui - et seul un musulman peut devenir le successeur du Prophète. De même, il est inconcevable que les prescriptions islamiques soient mises en oeuvre et gardées par autre qu’un musulman. Le commandement des armées n’est pas purement une fonction civile non plus, il s’agit d’une oeuvre de culte en islam puisque le jihâd est au sommet des oeuvres cultuelles islamiques. La magistrature n’est autre que le jugement selon les prescriptions de la loi islamique. Aussi ne demande-t-on pas à un non-musulman de juger selon une loi à laquelle il ne croit pas. Il en est de même pour la gérance des aumônes et donations et toutes les fonctions religieuses similaires.
Hormis ces exceptions, les fonctions de l’état peuvent être confiées aux dhimmis s’ils remplissent les conditions requises en termes de compétence, de probité et de loyauté envers l’état. Sont exclus ceux qui nourrissent une haine manifeste envers les musulmans comme ceux qu’Allâh décrit dans le verset : "Ô les croyants, ne prenez pas de confidents en dehors de vous-mêmes : ils ne failliront pas à vous bouleverser. Ils souhaiteraient que vous soyez en difficulté. La haine certes s’est manifestée dans leurs bouches, mais ce que leurs poitrines cachent est encore plus énorme. Voilà que Nous vous exposons les signes. Si vous pouviez raisonner !" [verset 3:118]
La tolérance des musulmans était telle que certains grands juristes, comme Al-Mâwardî dans Al-Ahkâm As-Sultâniyyah (Les statuts gouvernementaux), déclarèrent qu’il était possible de confier le ministère de l’exécutif (wizârat at-tanfîdh) sachant que le ministre de l’exécutif a pour mission de transmettre les ordres de l’imâm et de les exécuter et de mettre en vigueur les prescriptions émanant de lui. Ce ministère diffère du ministère de la délégation (wizârat at-tafwîd) où l’imâm délègue au ministre la gérance des affaires politiques, administratives et économiques.
Des chrétiens furent ministres à plusieurs reprises à l’époque abbasside dont Nasr Ibn Hârûn en 369 A.H. et `Îsâ Ibn Nestorus en 380 A.H. Avant cela, Mu`âwiyah Ibn Abî Sufyân avait un scribe chrétien prénommé Sarjûn. La tolérance des musulmans à cet égard atteignait parfois la limite de l’injustice envers les musulmans au point que les musulmans à certaines époques se plaignirent de la main mise des juifs et des chrétiens sur eux sans droit.
L’historien occidental Adam Metz dit dans son livre La civilisation islamique au quatrième siècle de l’hégire (volume 1, p. 105) : "L’une des choses qui nous étonne le plus c’est le grand nombre de grands fonctionnaires non-musulmans dans l’état islamique. C’était à croire que les chrétiens étaient ceux qui gouvernaient les musulmans dans les terres d’islam. D’ailleurs, la doléance au sujet du pouvoir des dhimmis sur les populations musulmanes est une doléance ancienne".
Un poète égyptien (Al-Hasan Ibn Khâqân, d’après Husn Al-Muhâdarah d’As-Suyûtî, volume 2, p. 117 et La civilisation Islamique d’Adam Metz, volume 1, p. 118) dit au sujet des juifs de son temps et leur main-mise sur ses grandes fonctions :
Les juifs de ce temps atteignirent leurs rêves les plus extrêmes
La gloire leur appartient ainsi que la fortune et parmi eux on compte conseiller et roi
Ô gens d’Egypte, je vous conseille sincèrement de vous judaïser, l’univers s’est lui-même judaïsé !
Un autre dit deux vers de poésie, repris par le fameux juriste hanafite Ibn `Âbidîn, réagissant à la préférence accordée aux non-musulmans par rapport aux musulmans au point de manipuler les juristes et les savants et d’autres (Hâshiyat Ibn `Âbidîn, volume 3, p. 379) :
Bien-aimés, les calamités du temps sont nombreuses et plus amère encore est l’élévation des indigents
Quand est-ce que le temps se réveillera de son ivresse afin que je voie les juifs aussi humiliés que les juristes
Ceci n’est que la conséquence de l’ignorance, de la déviance et de la perturbation dont fut frappé la société islamique dans les ères de décadence au point que les juifs deviennent puissants et les juristes humiliés. Le dernier exemple de ce phénomène enregistré par l’histoire n’est autre que la politique suivie par l’état ottoman dans ses derniers moments si bien que de nombreuses grandes fonctions et beaucoup de postes sensibles étaient assignés à des ressortissants non-musulmans parmi ceux qui lui souhaitaient le mal et la plupart de ses ambassadeurs et représentants dans les pays étrangers étaient nommés parmi les chrétiens.

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MessageSujet: Re: livre:Les non-musulmans dans la société islamique(Sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî )   Lun 24 Juin - 7:51

Les non-musulmans dans la société islamique
Section : Les droits des dhimmis
Des Recommandations Prophétiques au sujet des Coptes d’Égypte


Les Coptes d’Égypte bénéficient d’un statut particulier et d’un rang distingué dans la mesure où le Messager de Dieu - paix et bénédictions sur lui - a fait à leur égard des recommandations spécifiques que tout musulman doit comprendre et conserver au fond de son coeur.
La Mère des Croyants Umm Salamah - que Dieu l’agrée - rapporte que le Messager de Dieu - paix et bénédictions sur lui - recommanda avant de mourir : "Je vous recommande par Allâh les Coptes d’Egypte. Vous les vaincrez et ils seront pour vous un appui matériel et un renfort dans le chemin d’Allâh" (cité par Al-Haythamî dans Majma` Az-Zawâ’id, volume 10, p. 62 ; il dit : rapporté par At-Tabarânî, ses narrateurs sont ceux du Sahîh)
Les faits historiques confirmèrent ce que le Prophète - paix et bénédictions sur lui - avait annoncé. En effet, les Coptes accueillirent les conquérants musulmans et leur ouvrirent les bras quand bien même les Byzantins qui les gouvernaient auparavant étaient chrétiens comme eux. Puis, les Coptes embrassèrent la religion de Dieu en grand nombre si bien que certains gouverneurs omeyyades assujettirent malgré tout les convertis à l’impôt de la jizyah tellement ils étaient nombreux à embrasser l’islam.
L’Egypte fut la porte de l’islam à l’Afrique toute entière et ses habitants furent désormais des appuis et des renforts dans le chemin de Dieu. Abû Dharr - que Dieu l’agrée - rapporte que le Messager de Dieu - paix et bénédictions sur lui - dit : "Vous conquerrez une terre où l’on traite du qirât. Soyez pleins d’égard envers sa population car elle dispose d’une dhimmah et d’un lien de parenté." Dans une variante : "Vous conquerrez l’Egypte, une terre où l’on use du qirât (une fraction du dirham et du dinâr et d’autres monnaies, fréquemment utilisée par les Egyptiens et qui est encore en cours dans le cadastre, l’orfèvrerie et toutes sortes de choses divisibles en 24 qirâts), lorsque vous la conquerrez, soyez pleins d’égard envers sa population car elle dispose d’une dhimmah et d’un lien de parenté" et dans une autre variante "elle dispose d’une dhimmah et d’un lien matrimonial" (Ces deux énoncés figurent dans Sahîh Muslim, numéro 2543, chapitre de la recommandation du Prophète - paix et bénédictions sur lui - au sujet du peuple d’Egypte, et dans Musnad Ahmad, volume 5, p. 174)
Les savants expliquèrent : le lien de parenté fait référence au fait que Hagar, la mère d’Ismaël - paix sur lui - est des leurs (est Egyptienne) alors que le lien matrimonial fait référence au fait que Maria, la mère d’Ibrâhîm, le fils du Messager de Dieu - paix et bénédictions sur lui - est des leurs. (cf. An-Nawawî dans Riyâd As-Sâlihîn "Les Jardins des Vertueux", hadith 334, édition Al-Maktab Al-Islâmî) Sans surprise, l’Imâm An-Nawawî mentionna ce hadîth dans son livre Riyâd As-Sâlihîn, chapitre de "la bienfaisance envers les parents et l’entretien des liens de parenté", mettant en avant ce lien de parenté que Dieu et Son Messager ont ordonné d’entretenir entre les musulmans et les habitants d’Egypte avant même qu’ils n’embrassent l’islam.
D’après Ka`b Ibn Mâlik Al-Ansârî : J’entendis le Messager de Dieu - paix et bénédictions sur lui - dire : "Lorsque l’Egypte sera conquise, soyez pleins d’égard envers les Coptes car ils disposent d’un lien de sang et de parenté" et dans une narration "ils disposent d’une dhimmah et d’un lien de parenté" signifiant par là que la mère d’Ismaël était des leurs. (cité par Al-Haythamî, volume 10, p. 62 ; il dit : rapporté par At-Tabarânî, selon deux chaînes de narrateurs, l’une d’elle étant une chaîne du Sahîh. Il fut également rapporté par Al-Hâkim selon la deuxième transmission. Il le jugea authentique selon le critère des deux Sheikh [1], jugement partagé par Adh-Dhahabî, volume 2 p. 753, et selon Az-Zuhrî : le lien de parenté désigne le fait que la mère d’Ismaël était des leurs.)
Ici, le Messager donne aux Coptes plus de droits que les autres car ils bénéficient de la dhimmah c’est-à-dire le pacte de Dieu et de Son Messager et le pacte de la communauté musulmane, un pacte digne d’être honoré et soigné. Ils disposent également de liens de parenté et de sang qui leur sont exclusifs dans la mesure où Hagar était des leurs ainsi que Maria la Copte qui donna au Prophète - paix et bénédictions sur lui - son fils Ibrâhîm.

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MessageSujet: Re: livre:Les non-musulmans dans la société islamique(Sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî )   Lun 24 Juin - 8:00

Les non-musulmans dans la société islamique
Section : Les droits des dhimmis
Les garanties de ces droits


La shariah consacra tous ces droits aux non-musulmans et leur assura toutes ces libertés, ajoutant à cela la recommandation ferme d’être bienfaisant à leur égard et de vivre avec eux en toute bonté. Mais qui est le garant de la mise en oeuvre de ces droits et de la réalisation de ces recommandations, surtout lorsque l’on garde à l’esprit que la différence de religion fait souvent obstacle à cet objectif ? Ceci est vrai pour ce qui est des constitutions terrestres et des lois humaines qui stipulent l’égalité entre les citoyens en droits et en devoirs. Puis, par la force des passions et des sectarismes, elles demeurent inscrites sur le papier sans être suivies d’effet car le peuple ne leur accorde aucune sacralité et ne croit pas en son âme et conscience qu’il est obligé de s’y soumettre et d’obéir à leurs décisions.
La garantie de la foi
La législation islamique, quant à elle, est la legislation de Dieu et une loi céleste qui n’admet aucune altération et ne comporte aucune injustice. La foi ne s’accomplit que par son acceptation et la conformité avec elle. Le Très-Haut dit : "Il n’appartient pas à un croyant ni à une croyante, une fois qu’Allah et Son messager ont décidé d’une chose d’avoir encore le choix dans leur façon d’agir. [...]" (Sourate 33, Al-Ahzâb, Les Coalisés, verset 36) Aussi tout musulman, attaché à sa religion, est-il très attentif à l’exécution de ses commandements et à la réalisation de ses recommandations, visant l’agrément de son Seigneur et Sa rétribution. Rien ne saurait l’en détourner, ni les liens de parenté et d’amitié, ni l’inimité et la haine. Le Très-Haut dit : "Ô les croyants ! Observez strictement la justice et soyez des témoins (véridiques) comme Allah l’ordonne, fût-ce contre vous-mêmes, contre vos père et mère ou proches parents. [...]" (Sourate 4, An-Nisâ’, Les Femmes, verset 135) Il dit aussi - Glorifié soit-Il - : "Ô les croyants ! Soyez stricts (dans vos devoirs) envers Allah et (soyez) des témoins équitables. Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l’équité : cela est plus proche de la piété. Et craignez Allah. Car Allah est certes Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites." (Sourate 5, Al-Mâ’idah, La Table Servie, verset Cool
La garantie de la société islamique
La société musulmane est solidaire dans sa responsabilité vis-à-vis de la mise en oeuvre de la sharî`ah et de l’application de ses décrets dans tous les domaines, y compris ceux qui concernent les non-musulmans. Si certains individus manquent à leurs devoirs, dévient, commettent une injustice ou outrepassent leurs limites, ils trouveront dans la société musulmane des gens pour les ramener à l’équité, leur enjoignant les bons us et réprouvant ce qui est condamnable, des gens qui se rangent du côté de l’opprimé quand bien même il serait d’une religion différente de la leur. Tout ceci peut arriver avant même que le dhimmi ne se plaigne. Mais il peut également porter plainte à cause de l’injustice qu’il a subie et trouver une oreille pour l’écouter et lui faire justice quel que soit son prestige ou son rang parmi le commun des mortels.
Il peut, par exemple, se plaindre auprès du gouverneur local et trouver auprès de lui la justice et la protection. A défaut, il peut adresser sa plainte plus haut dans la hiérarchie et en arriver, s’il le faut, jusqu’au calife, le prince des croyants en personne, pour enfin trouver auprès de lui l’assurance et la sécurité. Même si la partie adverse est le calife lui-même, il trouvera la garantie auprès de la justice souveraine et indépendante, qui a le droit de faire comparaître tout accusé quel qu’il soit, fût-il le chef de l’état !
Il est une garantie supplémentaire : celle des juristes, qui orientent l’opinion publique et sont les garants de la sharî`ah. Une garantie encore plus globale et générale réside en la conscience islamique forgée par la croyance, l’éducation et les valeurs islamiques. L’histoire de l’islam regorge d’événements illustrant l’engagement de la société islamique à protéger les dhimmis de toute injustice menaçant leurs droits reconnus, leurs biens et leurs personnes, ou leurs libertés consacrées. Lorsqu’un musulman commet un forfait contre un dhimmi, le gouverneur de la région a vite fait de lui rendre justice et de lever l’injustice subie aussitôt qu’une plainte aura été déposée, ou qu’il aura pris connaissance de l’affaire par quelque moyen que ce soit.
Ainsi, un moine chrétien d’Égypte se plaignit au gouverneur Ahmad Ibn Tûlûn au sujet de l’un de ses lieutenants qui l’avait opprimé et lui avait extorqué une somme d’argent indûment. Ibn Tûlûn fit venir le lieutenant, le blâma, le châtia et restitua la somme d’argent au moine. Il lui dit alors : "Si tu lui réclamais plusieurs fois cette somme en guise de dédommagement, je te l’accorderais." Puis, il déclara sa porte ouverte à tout dhimmi opprimé, quand bien même l’accusation mettrait en cause un haut gradé de l’armée ou un haut fonctionnaire de l’état.
Si l’injustice émane du gouverneur lui-même, de l’un de ses proches ou de sa cour, alors c’est l’imâm des musulmans, le calife en personne qui se charge de le sanctionner et de restituer à l’opprimé ce qui lui revient de droit. L’exemple le plus connu dans ce domaine concerne l’histoire d’un copte avec le gouverneur d’Égypte `Amr Ibn Al-`Âs. Le fils de ce dernier avait en effet frappé le fils d’un copte de son fouet lui disant : "Je suis le fils des nobles !" Le copte se rendit aussitôt à Médine et se plaignit au Prince des Croyants `Omar Ibn Al-Khattâb. Le calife `Omar convoqua `Amr Ibn Al-`Âs et son fils. Il donna un fouet au fils du copte lui disant : "Frappe le fils des nobles." Lorsqu’il finit de le frapper, `Omar se tourna vers lui disant : "Frappe aussi la calvitie de `Amr car c’est par son pouvoir qu’il (son fils) t’a frappé." Le copte refusa : "J’ai frappé celui qui m’a frappé." `Omar se tourna alors vers `Amr et lui dit sa phrase désormais célèbre : "Ô `Amr, quand est-ce que vous avez réduit les gens à l’esclavage alors que leurs mères les ont mis au monde libres ?"
Il convient de noter dans ce récit que les gens ressentaient leur dignité et leur humanité sous le règne de l’islam au point qu’un coup reçu injustement suscitait la désapprobation et le ressentiment. Ce genre d’affaires, et d’autres plus graves, se produisait des milliers de fois à l’époque byzantine sans que personne ne s’en émeuve. Mais, sous l’autorité de l’état islamique, les gens ont retrouvé leur dignité si bien qu’ils pouvaient se donner la peine de faire un long voyage de l’Égypte jusqu’à Médine avec la certitude que leur droit ne sera pas perdu et que leur plainte trouvera une oreille attentive.
A supposer que l’affaire du dhimmi n’arrive pas jusqu’au calife, ou que le calife lui-même soit de la même trempe que son gouverneur injuste, alors la conscience islamique, personnifiée par les juristes musulmans et par l’ensemble des croyants, se range du côté du dhimmi opprimé et le soutient. Parmi les exemples saillants illustrant ce fait, on cite la prise de position de l’imâm Al-Awzâ`î face au gouverneur abbasside de son temps. Ce dernier exila un groupe de dhimmis du Mont Liban pour la rebellion d’une partie d’entre eux contre son percepteur. Le gouverneur en question, Sâlih Ibn `Alî Ibn `Abdillâh Ibn `Abbâs, était un proche du calife et faisait partie de sa cour. Al-Awzâ`î lui écrivit une longue lettre dont : "De quel droit infligez-vous une punition collective pour le forfait de quelques individus au point de les chasser de leurs demeures et de leurs biens alors que le verdict de Dieu stipule que ’Nulle âme ne sera châtiée pour le forfait d’une autre’ ? (Sourate 53, An-Najm, l’Étoile, verset 38) Telle est la justice que l’on devrait recommander et que l’on ne saurait outrepasser. Le meilleur conseil que tu devrais recevoir est d’honorer et de préserver le testament du Messager de Dieu - paix et bénédictions sur lui - : ’Celui qui commet une injustice contre un dhimmi ou le charge d’un fardeau au-dessus de sa capacité, je serai son adversaire’..." Puis, il dit dans sa lettre : "Ce ne sont pas des esclaves afin que tu les transfères d’une contrée à une autre. Ce sont des gens libres parmi les gens de la dhimmah." (conférer Futûh Al-Buldân d’Al-Balâdhurî, p. 222, et Al-Amwâl d’Abû `Ubayd, p. 170-171)
L’histoire des musulmans n’enregistra point d’injustice envers les dhimmis qui durât longtemps. L’opinion publique, appuyée par les juristes, s’opposait toujours aux injustes et aux déviants ; la justice était alors rapidement rétablie. Al-Walîd Ibn `Abd Al-Malik confisqua l’église "Yûhannâ" et l’annexa à la mosquée de Damas. Lors de l’avènement du califat de `Omar Ibn `Abd Al-`Azîz, les chrétiens se plaignirent de ce qu’avait fait Al-Walîd de leur église. `Omar ordonna à son gouverneur de leur rendre la partie qui avait servi à agrandir la mosquée ; cependant, ils convinrent avec le gouverneur d’une compensation qui les satisfasse. (Futûh Al-Buldân, pp. 171-172) L’histoire de cette église selon le récit d’Al-Balâdhurî est que les califes omeyyades du temps de Mu`âwiyah, puis de `Abd Al-Malik, proposèrent un marché aux chrétiens afin d’agrandir la mosquée des omeyyades mais ces derniers refusèrent. A l’époque d’Al-Walîd, celui-ci les rassembla et leur proposa une forte somme d’argent en contrepartie du terrain de l’église, mais ils refusèrent de nouveau. Il dit alors : "Si vous vous obstinez plus longtemps, je la démolirai." On lui répondit : "Ô Prince des Croyants, celui qui démolit une église est frappé de démence et est atteint d’un handicap !" Ceci provoqua sa colère. Il demanda alors une masse et se mit lui-même à démolir les murs de l’église. Puis, il fit venir des ouvriers qui achevèrent la démolition. Le terrain fut alors utilisé pour agrandir la mosquée. Lors de l’avènement du califat de `Omar Ibn `Abd Al-`Azîz, ils se plaignirent auprès de lui de ce que fit son prédécesseur de leur église. Il ordonna alors au gouverneur de la région de leur restituer le terrain en question, c’est-à-dire de démolir cette partie de la mosquée et de la transformer en église de nouveau ! Cette décision horrifia les habitants de Damas : "Démolirions-nous notre mosquée après y avoir levé l’appel à la prière et effectué la prière derrière le Prophète ?" Ce jour-là, il y avait parmi eux Sulaymân Ibn Habîb Al-Muhâribî et d’autres juristes. Ils allèrent trouver les chrétiens pour atteindre un arrangement à l’amiable. Ils leur ont proposé de leur rendre toutes les églises d’Al-Ghawtah saisies lors de la conquête et dévolues aux musulmans et, en contrepartie, qu’ils leur cèdent l’église Yûhannâ et s’engagent à ne plus la réclamer. La proposition leur plut. On écrivit alors la nouvelle à `Omar qui en fut satisfait et l’approuva.
De même, Al-Walîd Ibn Yazîd déporta les dhimmis qui vivaient à Chypre et les envoya en Syrie par crainte d’une attaque des Byzantins. Bien qu’il ait fait cela pour des raisons de sécurité nationale, cela lui valut la colère des juristes et de l’ensemble des musulmans qui furent choqués par cette mesure. Puis, lorsque son fils Yazîd Ibn Al-Walîd les ramena à Chypre, cela plut aux musulmans qui y virent une marque de justice et comptèrent ce geste parmi ses mérites et ce, toujours d’après le récit d’Al-Balâdhurî. (Futûh Al-Buldân, p. 214)
L’indépendance et la souveraineté de la justice est l’une des fiertés du système islamique. L’opprimé et le spolié - quelles que soient sa religion et sa race - trouve en effet en son sein l’assurance et la sécurité pour réclamer la justice contre son agresseur, fût-il le Prince des Croyants avec son prestige et son pouvoir. L’histoire de la justice islamique comporte plusieurs cas où le sultan ou le calife comparaissait devant un juge en tant que plaignant ou défendeur. Dans de nombreux cas, le verdict condamnait le sultan ou le caliphe et donnait raison à un homme du peuple sans aucun pouvoir ni notoriété. Nous nous contenterons dans ce chapitre d’un seul cas évident.
Le bouclier du Prince des Croyants `Alî - qu’Allâh l’agrée - tomba de sa monture. Il le retrouva chez un chrétien et dut porter l’affaire devant le juge Shurayh. `Alî dit : "Ce bouclier m’appartient, je ne l’ai ni vendu ni donné." Le juge demanda au chrétien ce qu’il pensait du propos du Prince des Croyants. Le chrétien dit : "Le bouclier est à moi, sauf le respect du Prince des Croyants." Shurayh se tourna vers `Alî et lui demanda s’il avait des preuves. `Alî rit et dit : "Shurayh a vu juste ; je n’ai aucune preuve." Shurayh jugea alors en faveur du chrétien étant donné que le bouclier était en sa possession et que `Alî n’avait fourni aucune preuve du contraire. L’homme prit le bouclier et fit quelques pas en direction de la sortie, puis fit demi-tour. Il dit : "Je témoigne que ce n’est là que la justice des Prophètes ! Le Prince des Croyants porte plainte contre moi et son juge me donne l’avantage sur lui ! J’atteste qu’il n’y a de divinité que Dieu et que Mohammad est l’Envoyé de Dieu. Le bouclier est à toi ô Prince des Croyants. J’ai suivi l’armée lors de ton départ de Siffîn. Le bouclier est tombé de ton chameau blanc." `Alî - que Dieu l’agrée - dit : "Étant donné que tu as embrassé l’islam, le bouclier est désormais à toi !" (Al-Bidâyah wan-Nihâyah d’Ibn Kathîr, volume 8, pp. 4-5).
Ce cas se passe de tout commentaire.

P.-S.
Traduit de l’arabe du site qaradawi.net.
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hud



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MessageSujet: Les devoirs des dhimmis   Lun 24 Juin - 8:03

Les non-musulmans dans la société islamique
Section : Les devoirs des dhimmis
La capitation et l’impôt foncier


Nous avons cité plus haut les droits des citoyens non-musulmans dans la société musulmane et les garanties de leur respect. Mais quels sont les devoirs auxquels l’islam engage les non-musulmans en contrepartie des droits dont ils jouissent ? En effet, il est convenu qu’à tout droit dont on jouit, il faut s’engager à un devoir.

Les devoirs des dhimmis se limitent à :
- s’aquitter des devoirs financiers que sont la jizyah [1], le kharâj [2] et l’impôt commercial ;
- respecter les dispositions de la loi islamique dans leurs rapports civils ;
- respecter les pratiques cultuelles des musulmans et leurs sentiments.
La jizyah est un impôt annuel sur les personnes. Il s’agit d’une petite somme d’argent que les riches doivent payer, chacun selon sa fortune. Quant aux pauvres, ils en sont complètement exemptés. Le Très-Haut dit : "Allâh n’impose à personne que selon ce qu’Il lui a donné, et Allah fera succéder l’aisance à la gêne." (Sourate 65, At-Talâq, le Divorce, verset 7)
La jizyah n’a pas de montant fixe, mais c’est le dirigeant du pays qui doit prendre en considération les capacités de ceux qui s’en acquittent et éviter de les accabler. Il doit également veiller à l’interêt public de la nation. Ainsi, `Umar a-t-il fait payer 48 dirhams aux riches, 24 aux aisés et 12 à la classe la moins riche. Ce système a dévancé le concept fiscal moderne qui confirme le principe de la disparité des impôts selon la capacité de paiement. Il n’y a aucune contradiction entre l’attitude de `Umar et ce que le Prophète - paix et bénédiction d’Allah sur lui - dit à Mu`âdh quand il l’envoya au Yémen : "Prends de chaque homme ayant atteint la puberté un dinar." (hadith rapporté par Ahmad et les auteurs des Sunan et jugé bon par At-Tirmidhî). En effet, le Prophète - paix et bénédiction d’Allah sur lui - prit en considération la pauvreté de la majorité du peuple yéménite à cette époque-là.
La promulgation de la jizyah a pour source dans le Coran la parole du Très-Haut : "Combattez ceux qui ne croient ni en Dieu ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce que Dieu et Son Messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par leurs propres mains, en toute soumission." [3]. La soumission signifie le fait de se résigner, de rendre les armes et de se soumettre au régime de la nation musulmane.
Dans la Sunnah, le Prophète - que la paix et les salutations soient sur lui - préleva la jizyah des mazdéens du Bahreïn. Il en fut de même pour les Califes Bien-Guidés qui la perçurent des gens du Livre et de ceux qui avaient un statut similaire dans les différents pays conquis. Ce prélevement fut pratiqué de façon permanente et fut établi à l’unanimité.
En ce qui concerne le kharâj, il s’agit d’un impôt foncier sur la terre que les non-musulmans continuent à posséder. C’est également le dirigeant légal qui estime la valeur du kharâj, pouvant par exemple choisir de partager avec eux le tiers ou le quart des récoltes. De même, le dirigeant peut imposer une proportion fixe mesurée ou pesée qui varie avec la rentabilité de la terre, comme `Umar le fit en Irak. Le kharâj peut également être acquitté en monnaie courante.
La différence entre la capitation et l’impôt foncier est que la première est omise en cas de conversion à l’islam, contrairement l’impôt financier. En effet, même si le dhimmî se convertit à l’islam, il n’est pas exempté de l’impôt foncier, mais continue à s’en acquitter. Bien plus, par rapport au dhimmi qui conserve sa religion, le converti devient redevable en tant que musulman du dixième ou de la moitié des récoltes de la terre tout en continuant à s’acquitter de l’impôt foncier, et ce conformément aux trois écoles juridiques de l’islam et à la majorité des juristes, hormis Abû Hanifah. Effectivement, le kharâj est assimilable à l’impôt foncier tandis que le dixième est un impôt sur l’exploitation agricole.
Les raisons pour lesquelles la capitation fut imposée aux dhimmis
Les gens superficiels trouvent que l’islam fut injuste en imposant la jizyah aux non-musulmans. Pourtant, s’ils étaient justes et considéraient l’affaire de plus près, ils se rendraient compte que l’islam fut parfaitement juste en prélevant cette modique somme d’argent.
En effet, l’islam impose aux musulmans le service militaire comme une obligation de suffisance communautaire (fard al-kifayâh), ou comme une obligation religieuse individuelle (fard al-`ayn). Les musulmans sont donc chargés de défendre la nation, ce dont les non-musulmans sont exemptés bien qu’ils vivent sous son égide. Etant donné que la nation musulmane est une nation fondée sur un crédo ou une nation idéologique (selon l’expression contemporaine), c’est-à-dire qu’elle est basée sur un principe ou une idée, alors une telle nation ne peut être défendue que par ceux qui croient en la justesse de ses principes et en la rectitude de son idéal. Il est impensable que quelqu’un soit obligé de risquer sa vie et de braver la mort pour une idée qu’il juge fausse ou une religion à laquelle il ne croit pas. Par ailleurs, la religion de ces non-musulmans peut leur interdire de défendre une autre religion et de combattre en sa faveur. C’est pourquoi l’islam a limité le devoir de la lutte armée (jihâd) aux seuls musulmans, car il constitue une obligation religieuse sacrée et un culte qui permet au musulman de se rapprocher de Dieu, et ce à un tel point que celui qui lutte pour l’Islam est mieux récompensé que le dévot abstinent qui jeûne le jour et qui prie la nuit. C’est pour cette raison que les juristes ont stipulé que la lutte dans le Sentier de Dieu est le meilleur culte par lequel le musulman se rapproche de Dieu.
Mais l’islam impose à ces citoyens non-musulmans de contribuer aux frais de la défense et de la protection de la patrie en leur faisant payer la jizyah, comme on l’appelle dans la terminologie islamique. Outre que la jizyah est considérée comme un symbole de soumission au régime musulman, elle est en réalité une substitution financière au service militaire obligatoire pour les musulmans.
Par conséquent, l’islam a imposé la jizyah à tout homme apte à porter les armes. Il fait ainsi exception des femmes et des enfants qui ne peuvent pas combattre. `Umar dit en désignant la jizyah : "Ne l’imposez ni aux femmes, ni aux enfants". C’est pourquoi, selon les juristes, si la femme paie la jizyah pour être admise en terre d’islam (dâr al-islâm), elle doit être accueillie en terriroire musulman et on doit lui rendre la somme qu’elle a payée, puisque cette somme a été perçue sans aucun droit. Si elle en fait toutefois don tout en sachant qu’elle n’est pas tenue de payer la jizyah, on l’accepte en tant que don. Au même titre que la femme et l’enfant, le vieillard, l’aveugle, l’infirme, l’invalide et toute personne incapable de porter une arme ne paient pas la jizyah. De même, les musulmans ont décidé avec indulgence de dispenser de la jizyah le moine qui se consacre au culte dans son couvent car il n’est pas de ceux qui font la guerre. [4].
Selon le chroniqueur occidental Adam Metz : "Les dhimmis qui jouissaient de la tolérance des musulmans et de leur protection payaient la jizyah, chacun selon sa capacité. Cette jizyah ressemblait à l’impôt de défense nationale. En conséquence, elle n’était payée que par l’homme capable de porter une arme. Les infirmes, les moines et les ermites en étaient exemptés sauf s’ils étaient fortunés." [5].
D’ailleurs, il existe un autre motif pour lequel la jizyah fut imposée aux dhimmis, à savoir le motif qui pousse n’importe quel gouvernement de n’importe quelle époque à imposer des impôts à ses ressortissants : leur participation aux charges des services publics dont tout le monde jouit tels que la justice, la police, la reconstruction des routes, l’installation des ponts et tout ce qui assure une vie digne à chaque individu, qu’il soit musulman ou non-musulman. Les musulmans contribuent à toutes ces charges en payant la zakât sur leur fortune, leur commerce, leurs bestiaux, leurs produits agricoles et leurs récoltes, en plus de l’aumône de fin du jeûne (zakât Al-Fitr) etc. Il n’est donc pas étonnant de demander aux non-musulmans d’y contribuer par cette petite somme d’argent : la jizyah.
Par conséquent, les livres des juristes malékites classent les prescriptions relatives à la jizyah payée par les dhimmis dans le même chapitre traitant des prescriptions de la zakât payée par les musulmans. [6]
Les cas d’exemption de la jizyah
Comme nous l’avons cité, la jizyah est, en premier lieu, payée en contrepartie de la protection militaire offerte par la nation musulmane aux dhimmis. Alors, si la nation ne peut pas assumer cette protection, elle n’a pas droit à cette jizyah ou à cet impôt. C’est ce que Abû `Ubaydah fit quand ses agents du Shâm (i.e. La Grande Syrie) l’informèrent que les légions des Romains se rassemblaient. Il leur donna l’ordre de rendre la jizyah à ceux qui l’avaient payée et de leur déclarer : "Nous vous rendons votre argent car nous avons appris que des légions se rassemblaient pour nous assaillir ; et vous avez stipulé que nous vous protégions. Etant dans l’incapacité de vous protéger, nous vous rendons ce que nous vous avons prélevé, tout en nous engageant aux conditions du pacte que nous avions signé avec vous si nous triomphons". (Rapporté par Abû Yûsuf dans Al-Kharâj). De même, dans plusieurs pactes ratifiés par les chefs musulmans - comme Khâlid et d’autres - en faveur des gens de la dhimmah, on peut lire ce texte : "Si nous vous protégeons, nous méritons la jizyah ; sinon ne la payez pas jusqu’à ce que nous vous protégions". (Rapporté par At-Tabarî dans ses Chroniques).
Par ailleurs, les gens de la dhimmah ne doivent pas s’acquitter de la jizyah s’ils participent avec les musulmans à la lutte armée pour défendre la terre de l’islam contre ses ennemis. C’est ce qui a été explicitement cité dans les traités et les pactes conclus entre les musulmans et les gens de la dhimmah à l’époque de `Umar - que Dieu l’agrée. [7]
En ce qui concerne la manière et la période de perception de la jizyah, les auteurs d’Al-Islâm wa Ahl Adh-Dhimmah, en référence aux sources les plus authentiques, ont cité : "La jizyah était perçue une fois par annnée lunaire." [8] Il était permis que la jizyah soit reglée en numéraire ou en nature. Mais, il était interdit de remplacer la jizyah par les animaux morts, le porc, ou le vin. `Umar Ibn Al-Khattâb donna des ordres pour dégrever les dhimmis : "Dégrevez celui qui ne la supporte pas et aidez celui qui ne peut s’en acquitter car ce n’est pas l’affaire d’un an ou deux." [9] Il arrivait souvent que la nation musulmane reportât le prélèvement de la jizyah jusqu’à ce que les produits agricoles mûrissent et que les dhimmis pussent payer la jizyah sans peine. Abû `Ubaydah dit : "En remettant le paiement de la jizyah jusqu’à la récolte, nous visons à dégrever les dhimmis." [10]
L’Etat musulman était toujours indulgent et bienveillant dans la perception de la jizyah. L’un des agents de `Umar Ibn Al-Khattâb lui présenta les sommes perçues en termes de jizyah ; `Umar les trouvant très élevées dit à son agent : "Auriez-vous accablé les gens ?" L’agent répondit : "Non. Par Dieu, nous n’avons perçu la jizyah de la part des dhimmis que de leur plein gré." Umar demanda : "Sans fouet, ni flèche ?" L’agent confirma : "Sans fouet, ni flèche." Umar dit : "Louanges à Dieu Qui n’a pas voulu que ces procédés [11] soient accomplis par moi ou sous mon règne." [12]

P.-S.
Nous nous sommes basés sur la source arabe disponible sur qaradawi.net

Notes
[1] La jizyah : la capitation. NdT
[2] Le kharâj : l’impôt foncier. NdT
[3] Sourate 9 intitulée le Repentir, At-Tawbah, verset 29. Il est bien entendu que ce verset ne s’applique que lorsque les deux parties, l’Etat islamique et la partie adverse, sont déjà en situation de guerre. Il ne saurait donc constituer un appel inconditionnel à la violence. Ce verset a en fait été révélé lors des préparatifs de l’expédition de Tabûk en l’an 9 de l’Hégire que le Prophète allait mener contre Héraclius, Empereur de Byzance, après que les Musulmans eurent vent des nouvelles de préparatifs byzantins pour attaquer Médine. NdT
[4] Conférer Matâlib Ulî An-Nuhâ, volume 2, p. 96
[5] La civilisation musulmane, volume 1, p. 69.
[6] Conférer Ar-Risâlah d’Ibn Nâjî et Zarrûq, volume 1, p. 331 ; et la suite de cet ouvrage où la jizyah est incluse dans les chapitres de la zakât.
[7] Voir Ahkâm Adh-Dhimmiyyîn wal-Musta’manîn fî Dâr Al-Islâm du Docteur `Abd Al-Karîm Zaydân, p. 155 et suivantes, ainsi que Futûh Al-Buldân d’Al-Balâdhurî, p. 217, Beyrouth, où l’agent d’Abû `Ubaydah pactisa avec les Garaguima chrétiens en leur proposant d’aider les musulmans et d’espionner les ennemis, ou bien de s’acquitter de la jizyah, etc.
[8] Al-Mâwardî dans Al Ahkâm As-Sultâniyyah, p. 138.
[9] Ibn `Asâkir dans Târîkh Madînat Dimashq, volume 1, p.178.
[10] Al-Amwâl, p. 44.
[11] Il désigne les actes de violence dans la perception de la jizyah.
[12] Al-Amwâl, p. 43.
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hud



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MessageSujet: Re: livre:Les non-musulmans dans la société islamique(Sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî )   Lun 24 Juin - 8:05

Les non-musulmans dans la société islamique
Section : Les devoirs des dhimmis
Se conformer aux prescriptions de la loi islamique


Le deuxième devoir des dhimmis est de se conformer aux lois islamiques qui s’appliquent sur les musulmans car, en vertu du pacte de la dhimmah, ils portent la nationalité de l’Etat islamique. En conséquence, ils doivent se conformer à ces lois, du moment que celles-ci ne portent atteinte ni à leurs croyances ni à leur liberté de confession.
En effet, les non-musulmans n’assument aucune charge cultuelle musulmane ou ayant trait au culte ou à la religion, comme l’aumône légale (zakâh) par exemple, qui est à la fois un impôt et une oeuvre cultuelle. De même, le jihâd, l’effort de lutte contre l’ennemi, constitue aussi bien un service militaire qu’une prescription religieuse islamique. C’est pourquoi l’islam a prescrit la jizyah aux non-musulmans en lieu et place du jihâd et de la zakâh - comme nous l’avons vu précédemment - par respect de leurs sentiments religieux : il ne leur impose ainsi aucune oeuvre cultuelle islamique.
Il n’est pas demandé aux non-musulmans de renoncer à ce que leur religion a rendu licite en matière de statut personnel et social, comme dans le domaine du mariage, du divorce ou de la consommation de porc et de vin, même si l’Islam interdit certaines de ces pratiques. L’islam garantit aux non-musulmans ce qu’ils considèrent comme licite, sans le leur interdire ni les en blâmer.
Ainsi l’islam n’intervient-il ni dans les affaires du mazdéen qui épouse une femme de sa parenté proche (comme sa fille ou sa mère), ni dans celles du juif qui épouse sa nièce, non plus que dans les affaires du chrétien qui consomme le porc et boit le vin puisqu’ils croient que ces actes sont licites. Les musulmans ont en effet reçu l’ordre de préserver la liberté de confession de leurs concitoyens non-musulmans. Toutefois, si les non-musulmans acceptent le verdict de loi musulmane dans ces affaires, alors il est possible de juger entre eux selon cette loi car le Très Haut dit : "Juge alors parmi eux d’après ce qu’Allah a fait descendre et ne suis pas leurs passions." [1]
Selon certains juristes, si les non-musulmans recourent à la loi islamique, nous pouvons juger entre eux selon la sharî`ah ou bien refuser ; le Très Haut dit : "S’ils viennent à toi, sois juge entre eux ou détourne toi d’eux. Et si tu te détournes d’eux, jamais ils ne pourront te faire aucun mal. Et si tu juges, alors juge entre eux en équité. Car Allah aime ceux qui jugent équitablement." [2]
Par conséquent, les gens de la dhimmah avaient leurs propres tribunaux devant lesquels ils pouvaient porter leurs affaires. Sinon, ils pouvaient recourir à la justice musulmane. Dans son ouvrage La civilisation musulmane au 4e siècle hégirien, l’historien occidental Adam Metz dit : "Comme la législation musulmane concerne surtout les musulmans, l’Etat islamique a consacré aux gens des autres religions leurs tribunaux particuliers. Nous savons que ces tribunaux étaient ecclésiastiques et que les chefs de ces tribunaux spirituels, auteurs de nombreux livres juridiques, étaient considérés comme de hauts magistrats. Leurs jugements ne se limitent pas aux affaires du mariage, mais s’étendent aux affaires d’héritage et aux litiges qui opposent exclusivement des chrétiens et qui ne concernent pas l’Etat. Pourtant, le dhimmi pouvait avoir recours aux tribunaux musulmans, ce qui était évidemment mal perçs par les églises. Aussi, en 200 A.H. (800 E.C.), l’Evêque Timonius fut-il amené à écrire un livre sur la jurisprudence chrétienne pour que les chrétiens n’aient aucune excuse de recourir aux tribunaux "non-agréés" sous prétexte d’absence des lois chrétiennes." Il ajoute qu’en 120 A.H. (738 E.C.), Khayr Ibn Nu`aym fut nommé Grand Cadi d’Egypte. Ce dernier jugeait entre les musulmans dans la mosquée, puis s’asseyait l’après-midi à la porte de la mosquée, sur les marches du perron, pour juger entre les chrétiens. Puis les juges consacrèrent un jour de la semaine pour juger entre les chrétiens dans les palais de justice, jusqu’à ce que le juge Muhammad Ibn Masrûq, nommé à son tour Grand Cadi en 177 A.H., permit pour la première fois aux chrétiens d’entrer dans la mosquée pour qu’il jugeât entre eux. Metz poursuit : "Selon une source sûre, en Andalousie, les chrétiens jugeaient eux-mêmes leurs litiges et n’avaient recours au juge musulman que pour les homicides."
Exception faite des affaires de statut personnel et des affaires sociales, les non-musulmans doivent, comme les musulmans, se conformer aux prescriptions de la loi musulmane en ce qui concerne le sang, les affaires financières, les moeurs, bref tout ce qui touche aux affaires civiles, pénales, etc… Ainsi, lorsque les juristes disent : "Ils jouissent des mêmes droits que nous et ont les mêmes devoirs que nous", il faut entendre que cette vérité est généralement vérifiée, sauf dans les cas particuliers des affaires de statut personnel et social évoquées plus haut. Ainsi, le dhimmi coupable de vol subit la même peine légale que subirait le musulman. Il en est de même pour le dhimmi coupable de meurtre, de brigandage, d’escroquerie, d’adultère, de diffamation ou de tout autre délit. En effet, notre religion interdit tous ces crimes et les non-musulmans s’engagent aux prescriptions de l’islam dans ce qui ne s’oppose pas à leur religion.
Selon l’Imâm Abû Hanîfah, la peine légale que subit le dhimmi ou la dhimmie coupable d’adultère est la flagellation, non pas la lapidation, car l’islam est un prérequis constitutif du ihsân [3] - circonstance aggravante de la sanction.
Il en est de même dans les transactions financières et civiles : les ventes, les locations, les associations, l’hypothèque, la préemption, le métayage, la mise en culture des terres en friche, le mandat, la garantie financière et les autres contrats et transactions où les gens font des échanges d’argent et d’intérêts qui réglementent la vie. Donc, les ventes et les contrats licites pour les musulmans le sont pour les gens de la dhimmah et les contrats interdits pour les musulmans le sont également pour les dhimmis, abstraction faite par de nombreux juristes du vin et du porc chez les chrétiens. En effet les chrétiens croient que leur religion les autorise à manipuler ces marchandises. On leur demande néanmoins de ne pas en faire étalage en public. En revanche, étant donné que l’usure est interdite chez les chrétiens, on ne les autorise pas à la pratiquer.

P.-S.
Traduit de l’arabe du site qaradawi.net.

Notes
[1] Sourate 5, Al-Mâ’idah, la Table servie, verset 49.
[2] Sourate 5, Al Mâ’idah, la Table servie, verset 42.
[3] Le ihsân définit la personne musulmane, chaste, libre et ayant déjà contracté mariage.
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hud



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MessageSujet: Re: livre:Les non-musulmans dans la société islamique(Sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî )   Lun 24 Juin - 8:07

Les non-musulmans dans la société islamique
Section : Les devoirs des dhimmis
Le respect des sentiments des musulmans


Le troisième devoir auquel s’engagent les non-musulmans est de respecter les sentiments des musulmans qui vivent avec eux et le prestige de l’Etat musulman qui les protège.

Il ne leur est permis ni d’insulter l’islam, son prophète ou son Livre en public ; ni de diffuser des croyances et des idées contraires au credo de l’Etat ou à sa religion, sauf si ces idées font partie de leur croyance, comme la trinité et la crucifixion chez les chrétiens. De même, ils ne sont autorisés ni à boire du vin, ni à manger du porc en public, ni à accomplir en public tout acte illicite au regard de l’islam, ni à en faire la vente aux musulmans car ceci est de nature à corrompre la société musulmane.
En outre, au mois de Ramadan, ils ne doivent ni boire ni manger en public par égard aux sentiments des musulmans.
Donc, ils doivent s’abstenir en public de ce que l’islam interdit aux musulmans pour ne pas avoir l’air de défier l’ensemble des musulmans et afin que tous les éléments de la société vivent en paix et en harmonie.
On rapporte d’après `Arafah Ibn Al-Hârith - un compagnon du prophète - paix et bénédictions sur lui - qui combattit aux côtés de `Ikrimah Ibn Abî Jahl au Yémen pendant les guerres d’apostasie - qu’il avait invité un chrétien à l’islam. Mais, celui-ci blasphéma le Prophète, paix et bénédiction d’Allah sur lui. Alors, `Arafah Ibn Al-Hârith porta plainte contre lui auprès de `Amr Ibn Al-`Âs. Celui-ci répondit que nous avions conclu un pacte avec les non musulmans. `Arafah dit :"A Dieu ne plaise ! Nous n’avons pas contracté avec eux des pactes et des traités pour blasphémer Dieu et Son Prophète, mais plutôt pour leur donner la liberté de dire ce qu’ils veulent dans leurs églises, de ne pas les charger de ce qu’ils ne peuvent pas supporter, de combattre pour les défendre et de les laisser juger leurs causes selon leurs propres lois sauf s’ils ont recours aux musulmans pour qu’ils jugent entre eux selon le jugement de Dieu. `Amr répondit :"Tu as dit vrai !" (rapporté par At-Tabarânî selon une chaîne de garants contenant `Abd Allâh Ibn Sâlih, le scribe d’Al-Layth. `Abd Al-Malik Ibn Sa`îd jugea (ce transmetteur) : fiable et sûr [1], tandis que d’autres le jugèrent faible [2], mais les autres narrateurs de ce récit sont fiables [3].

P.-S.
Traduit de l’arabe du site qaradawi.net.

Notes
[1] Dans la terminologie du hadîth, thiqah ma’mûn signifie fiable et sûr.
[2] Dans la terminologie du hadîth, da`îf signifie faible.
[3] Majma` Az-Zawâ`id, volume 6, p. 13.
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