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 Conseil français du culte musulman L’institution fantôme/archives

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MessageSujet: Conseil français du culte musulman L’institution fantôme/archives   Mer 23 Mai - 0:04

Conseil français du culte musulman L’institution fantôme


Bilan En quatre ans d’existence, le CFCM s’est montré incapable de produire le moindre projet d’envergure. Rongé par des luttes d’influence et des guerres de chefs, contesté dans sa représentativité même, à la veille de ses élections prévues au printemps, le Conseil est bien mal en point. Par Yann Barte

Nul” ou “calamiteux” pour les uns, “mitigé” pour les plus cléments, le bilan des quatre années d’existence du CFCM est comme tout ce qui touche le Conseil : un passionnant objet de polémique. Finalement, c’est encore au ministère de l’Intérieur que l’on est le plus miséricordieux. On parvient même à tirer un bilan “globalement positif”.

“Si, depuis 2003, un lieu de culte musulman se crée chaque semaine, c’est bien grâce à l’existence du CFCM et des conseils régionaux du culte musulman qui ont mis en place un rapport de confiance”, affirme Didier Leschi, chef du Bureau central des cultes au ministère. “La situation des fidèles s’est améliorée. Après… le monde musulman reste traversé de sensibilités, de courants, de problèmes d’ego, comme les autres cultes. Le discours de fraternité n’est pas toujours le plus largement partagé”, reconnaît le responsable dans un euphémisme qui fait sourire au regard des déchirements effarants que connaît le Conseil depuis sa création. Et comment pourrait-il en être autrement puisque l’on a en toute insouciance contraint intégristes et libéraux à s’entendre ?

Toujours est-il que l’islam a indéniablement gagné en visibilité. Les mosquées poussent comme des champignons, les subsides et les baux emphytéotiques (1) se bousculent dans les municipalités au point de rendre jaloux les évangéliques, désormais et “de loin les plus discriminés”, selon les termes même du ministère. Quant à l’islam des caves, qui avait déjà disparu en 2003, c’est assurément de l’histoire ancienne.

La Fondation : une autre coquille vide

Dernière née à l’actif du CFCM et de son “ministère de tutelle” : la Fondation des Œuvres de l’islam. Inaugurée ce

10 octobre 2007 par la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, cette structure est destinée à recueillir des fonds afin de financer lieux de culte, aménagements de lieux existants et formations de cadres religieux. Une idée louable à laquelle personne ne semble pourtant croire, pas même ses initiateurs. Pourquoi la Fondation réussirait-elle là où le CFCM a échoué, alors qu’elle en copie le fonctionnement, ou plus exactement les dysfonctionnements ?

Pour Mohamed Loueslati, imam indépendant, la raison de l’échec annoncé est évidente : “Les fondations ne veulent se déposséder ni de l’argent ni de leur liberté d’action au profit d’une structure commune.” L’imam et également aumônier régional, se souvient d’ailleurs de l’énergie déployée par l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) pour faire échouer la création d’une aumônerie nationale dont elle n’aurait pas eu la gestion pleine et entière. Les trois grands groupes reconnus de l’islam de France (l’UOIF, la Fédération de la

Grande mosquée de Paris et une Fédération nationale des Musulmans de France aujourd’hui éclatée) disposent déjà de leur propre système de financement et ne sont pas prêts à mettre leurs sous dans la même cagnotte !

L’UOIF, la plus riche, a sans doute peu à gagner dans une telle association. Elle a d’ailleurs réussi à imposer des conditions restrictives à la Fondation qu’elle n’a jamais souhaité voir naître, parmi lesquelles des projets plafonnés à 150 000 euros. Alors, lorsque l’UOIF qui, depuis des années, dénonce dans le CFCM “un instrument du ministère de l’Intérieur”, entend Michèle Alliot-Marie annoncer que la Fondation sera dotée d’un “directeur général issu du ministère de l’Intérieur”, elle fait la grimace. “C’était juste une idée”, se défend le ministère qui s’est rendu compte de la boulette. Même si, place Beauvau, on nie toute mise sous tutelle des représentants officiels de l’islam de France, les liens entre le CFCM et l’Intérieur restent extrêmement confus, quoi qu’en disent l’un et l’autre.

Un Conseil plus politique que cultuel

Le ministère ne cache pas son agacement face à la question de la représentativité qui continue inexorablement à ronger le débat : “Je ne connais comme musulmans que ceux qui pratiquent et qui le disent. Nous avons fait avec ce qu’il y avait”, coupe court le chef du Bureau central des cultes. Avec ce qu’il y avait ?

Ce n’est pas l’avis de Fiammetta Venner, politologue et auteure de l’essai OPA sur l’islam de France : “Le ministère a pris une association moribonde [l’UOIF] qui n’était plus rien sur le terrain, mais disposait de gros mécènes, et a considéré, au regard des mètres carrés de ses mosquées, qu’il représentait un tiers de l’islam de France. Où est la représentativité ? Et où est l’islam africain pourtant bien présent dans les mosquées, l’islam turc ou asiatique, totalement inexistant ?”

Le débat sur la représentativité n’a pas fini d’empoisonner le ministère. La question reste entière pour le prochain mandat qui s’annonce. Moussa Koité, secrétaire général de la Fédération des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles (Faiaca-Paca), dénonce ces critères archaïques de représentativité liée aux m2 de mosquées : “Nous, nous sommes totalement démunis en lieux de culte. Nous ne faisons que de la figuration et, pourtant, sur les 200 000 musulmans de Marseille, on compte 70 000 Comoriens !”

Ce représentant de l’islam africain croit peu en l’avenir du CFCM actuel : “Son éclatement serait désolant, mais la question est bien de savoir jusqu’à quand le Conseil peut tenir avec ses divergences.” Pour Moussa Koité, “depuis 2005, il ne s’y passe plus rien, plus aucune action”. Le militant se désole de ces “bras de fer politiques” entre UOIF et clans des Marocains ou des Algériens : “Les imams doivent rester à leur place. Il faut cesser de politiser l’islam : s’ils veulent faire de la politique, qu’ils aillent dans les partis !” Car la critique autour de la représentativité touche bien plus largement la “confessionnalisation de la politique” comme la “politisation de l’islam” dénoncées par l’anthropologue Dounia Bouzar qui, en 2005, claquait la porte du CFCM.

Fiammetta Venner, qui voit dans ce conseil une structure bien plus politique que cultuelle, s’insurge : “Le CFCM est loin d’être cette réunion d’experts chargés de donner leur avis sur les affaires strictement religieuses. A la représentativité des musulmans, s’est substituée la représentativité des Arabes, et c’est cette dérive confessionnalisant le débat qui est très préoccupante. Qu’a-t-on besoin d’appeler, à chaque problème dans un quartier difficile, un représentant du CFCM plutôt que les acteurs sociaux ?”

“Aujourd’hui, regrette-t-elle, on voit même la Mosquée de Paris, pourtant libérale, agir plus violemment que les intégristes, comme par exemple dans l’affaire des caricatures. Un phénomène de surenchère que l’on observe dans toutes les religions.”

Alors, faut-il liquider le Conseil ? “Je pense qu’ils s’en chargent très bien eux-mêmes…”, répond la politologue.

Faiblesse de la formation des cadres

Si on reconnaît au ministère une amélioration de la situation des fidèles musulmans, on constate en même temps “l’extrême faiblesse de la formation des cadres”. Ça ne marche pas très droit non plus pour l a FNMF: “ Le CFCM boîte, mais ne tombe pas, se console Merzak El Bekkay, vice-président de la FNMF chargé du CFCM. On a fait ce qu’on a pu. C’est quelquefois difficile de trouver un langage commun. Il faut sans doute encore du temps.” Il rappelle, parmi les actes de ce dernier mandat, “la défense du prophète, l’action en Irak pour la libération des otages” et “la mise en place d’aumôneries en prison, comme à l’armée”.

C’est un CFCM “paralysé” et “aux mains d’acteurs étrangers, un Conseil qu’il va encore falloir structurer et ‘républicaniser’”, que décrit Mohamed Loueslati. Il retient pourtant l’initiative intéressante de la création du centre de formation des imams de Château-Chinon et nuance : “Un institut qui forme une dizaine de personnes et les voit filer vers le commerce, la librairie ou la viande halal, écœurées par les conflits et peu motivées par les perspectives d’avenir… On est très loin des besoins ! La mosquée de Paris ne fait vraiment pas grand-chose.”

Alors quel bilan ? Pour Fouad Alaoui, secrétaire général de l’UOIF et vice-président du CFCM, “le mandat prochain doit être l’occasion pour la future direction du Conseil d’aborder avec sérieux et courage les dossiers qui sont sur la table, sinon il risque de perdre toute légitimité”. Le problème, c’est que ces propos datent de 2005… et que, depuis, rien n’a changé.

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