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 Qu’est-ce qu’un débat argumenté ?

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bou-nour
Invité



MessageSujet: Qu’est-ce qu’un débat argumenté ?    Ven 18 Mai - 23:15

Le Débat argumenté





Cette réflexion prend appui sur l’article de G. Ferrandez in L‘oral argumentatif en philosophie, s/d de M.Tozzi, Crdp de Montpellier. G. Ferrandez y présente le Traité de l’argumentation de Perelman.
(B.Flacher , lycée jean monnet, montpellier)



Qu’est-ce qu’un débat argumenté ?

Le débat argumenté est un « vrai » débat, c'est à dire tout le contraire de la discussion du café du commerce où on échange des impressions, où chacun cherche à s’imposer comme le plus au fait de la vie politique et des « affaires » ; il s’agit plutôt d’un débat ordonné dont l’objectif est de convaincre par des arguments pesés et raisonnés. Ne doit pas prévaloir la (seule) affirmation d’une opinion telle qu’on l’entend habituellement mais être avancée une procédure qui s’apparente à ce qui s’appelait au 18ème siècle la formation de l’opinion éclairée, c'est à dire informée et instruite par la réflexion et le dialogue.

L’argumentation s’insère dans une séquence de dialogue. L’objectif est de chercher à convaincre mais aussi d’encourir le risque de se laisser convaincre. On est donc dans une situation différente de la simple narration ou même de la pure démonstration.
La démonstration comme pure déduction vise à prouver une vérité, à dégager des lois qui s’imposent hors du champ démocratique alors que le débat démocratique vise à dégager des lois et des règles construites pour vivre ensemble. Attention au dialogue « Canada dry » : ce n’est pas parce qu’on use de la forme du dialogue que l’on fonctionne sur le mode du dialogue. Pour dialoguer il faut partir de ce que l’autre accepte comme fondé ; aucun dialogue n’est possible sans base commune. C’est particulièrement vrai en démocratie : le débat démocratique implique au moins la volonté de vivre ensemble, cela peut se réduire à un modus vivendi, mais le principe de base devrait être la reconnaissance de l’égale dignité de chacun. La tradition républicaine établit quant à elle la nécessité d’une citoyenneté fondée sur des valeurs communes.

Le débat argumenté a une dimension politique car il ne peut y avoir usage et affirmation de la raison sans liberté de parole, sans possibilité d’user du débat public : le débat, le dialogue, parce qu’ils se fondent sur l’exercice de la raison ont une vertu démocratique. Quand chacun peut s’informer, confronter sa pensée à celle des autres, présenter et défendre son point de vue, s’établissent les conditions de l’accession à l’autonomie personnelle sans laquelle il ne peut y avoir de démocratie. Si cela ne conduit pas nécessairement à l’émergence de la vérité (peuvent aussi se répandre des préjugés), le cheminement de la raison ne peut se faire sans conquête de cette autonomie. Le débat public est le seul à même de pouvoir instituer le citoyen.

Le débat argumenté a une dimension éthique, c'est à dire qu’il implique un mode de comportement, une façon de se conduire qui permet la mise en contact des esprits. Cela implique l’élaboration d’un langage commun (donc de s’entendre sur la signification des mots), une écoute et un respect de ou des interlocuteurs, une considération réciproque, une certaine empathie (aptitude à comprendre les arguments d’autrui, sans pour autant abdiquer de ses propres arguments), en un mot un respect mutuel. Instaurer le débat c’est renoncer à la violence. Si « l’homme est un loup pour l’homme », tant qu’il dialogue il reste homme et cesse d’être loup.

L’argumentation s’adresse à un auditoire qu’il s’agit de persuader et de convaincre. Persuader un auditoire restreint ne nécessite pas toujours d’user d’arguments fondés en raison ; le jeu de la séduction peut y suffire. C’est pourquoi le débat argumenté doit viser un auditoire plus vaste que l’auditoire particulier auquel on s’adresse. Cette disposition d’esprit impose de rechercher les éléments qui font appel à la raison plutôt qu’à des comportements traditionnels ou affectuels. On peut en effet arracher l’adhésion à une thèse sans la soumettre à une véritable discussion : c’est le cas du fanatique (fondamentaliste, intégriste) qui, parce qu’il entend ne rien céder de sa doctrine, se refuse à la soumettre au libre débat. Attention cependant à ne pas tomber dans le travers opposé de l’éternel sceptique pour qui tout se discute et qui refuse tout argument qui n’a pas le statut formel de preuve. Les arguments avancés dans le débat laissent chacun libre de son jugement et de ses choix éventuels. Il peut être souhaitable d’établir à un moment donné l’état des positions en présence sans que cela signifie pour autant la fin du débat ; celui-ci peut très bien trouver l’opportunité de rebondir à un autre moment. (1)

Quelles sont les conditions de la mise en œuvre du débat argumenté ?

Pas d’argumentation possible sans un certain accord sur les prémisses (ou propositions de base). Mais que sont-elles ?

Des faits et vérités : ils sont indiscutables quand il y a accord universel. En cas de désaccord il faut argumenter : démontrer l’erreur du contradicteur ou montrer sa mauvaise foi (par exemple celle des auteurs révisionnistes). Mais attention, ce qui est présenté comme fait peut être un « fait » de croyance (tels les miracles) et tout fait et « vérités » sont socialement construits.
Des jugements de valeurs sans lesquels le dialogue n’est pas possible ; par exemple l’idée de justice ; mais tout énoncé de valeurs peut avoir des contenus variables. (2)
Un ensemble de faits et de valeurs hiérarchisées. Par exemple : établir la supériorité de l’homme sur l’animal ou celle de la justice sociale sur la seule croissance a des implications dans le débat sur le développement durable. Celui-ci ne peut être alors abordé dans sa seule dimension de préservation des ressources renouvelables et de développement soutenable pour les générations futures ; les enjeux portent aussi sur les moyens à mettre en œuvre pour répondre aux besoins de l’ensemble des populations actuelles (qui ne sauraient donc être sacrifiées).
Si la procédure de discussion ne peut déboucher en l’absence d’accord sur les prémisses, elle peut s’imposer comme nécessité pour parvenir à celui-ci. C’est même la raison d’être de la diplomatie et plus généralement de toute forme de médiation et d’institutionnalisation des conflits.
L’accord sur les prémisses passe souvent par le poids les conventions, la force du droit et la référence aux grands principes : tout ne se discute pas. On peut discuter en quoi le racisme est condamnable, mais pas pour ou contre le racisme. Il y a là argument d’autorité ; mais celui-ci se fonde sur les acquis de grands débats cristallisés en particulier dans la Déclaration des droits de l’homme, un des acquis (perfectible) du patrimoine de l’humanité. Ces principes cessent cependant d’être de simples arguments d’autorité et prennent sens dès lors qu’en sont établies les raisons, c'est à dire la rationalité de leur fondement et leur construction sociale et historique.

Les outils de l’argumentation.

Parmi les arguments quasi logiques : les définitions qui ne relèvent pas de pures conventions mais d’une argumentation généralement admise. Mais attention à la fausse monnaie (qui tend à chasser la bonne) et à d’abusives transpositions. Peut-on par exemple parler de citoyenneté d’entreprise quand on sait que le salarié accroît ses chances de rester « citoyen » de l’entreprise s’il se conforme à l’esprit de celle-ci et répond à ses exigences : dans une situation de subordination il ne dispose en rien d’une part de la souveraineté de celle-ci.
L’argument d’autorité : généralement rejeté comme antinomique au libre débat, il est pourtant le plus couramment utilisé (comme M. Jourdain avec la prose, on le pratique sans le savoir). Se référer à un dictionnaire, à l’Encyclopaedia Universalis, s’appuyer sur l’opinion dominante, se retrancher derrière les médias, faire appel au bon sens, c’est recourir à une autorité ; mais toutes ne font pas autorité au même titre et n’ont pas le même poids face à tout auditoire. Le « vu ou entendu à la télé » a longtemps été dévalorisé après Timisoara.
L’argumentation par l’exemple : l’exemple peut être le support utile pour faciliter la compréhension mais aussi pour ancrer la conviction de la validité d’un raisonnement ; il peut être assimilé à un élément de preuve.
Le raisonnement par analogie et métaphore : il s’agit là d’éléments de l’arsenal de techniques utilisés dans l’art de la rhétorique ; ils n’ont de validité pour l’argumentation que s’ils illustrent à bon escient la pensée en mouvement (analogie est ressemblance et non identité ; les métaphores sont parfois malvenues).
Dans tous les cas les débats argumentés reposent sur la reconnaissance et le respect de l’autre. Ce respect est nullement assimilable à de la complaisance. Les débats argumentés peuvent être une propédeutique au débat citoyen. Il convient d’accorder toute l’attention requise à leur mise en œuvre.

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